Je n’avais pas forcément prévu de rédiger un article sur cette problématique. Mais le comportement de ma fille ce matin et la réaction des “autres” (qui a failli rejaillir sur la mienne, d’ailleurs !) m’ont ramenée aux soit-disants “caprices” de nos enfants. Une croyance fortement ancrée aujourd’hui encore. Mais pourquoi votre enfant fait-il des colères ? Est-ce réellement pour vous embêter ? Pour avoir quelque chose en retour ? Ou ces colères du jeune enfant ont-elles d’autres raisons, trop souvent ignorées ?

Un jeune enfant est incapable de manipulation

Un colis à récupérer dans un magasin, rien de bien exceptionnel. Samedi matin, les enfants sont à la maison, papa est au marché, mademoiselle 4 ans m’accompagne donc. Ce qui ne devait être qu’une formalité s’est transformé en un moment assez désagréable pour elle comme pour moi… On ne peut évidemment pas entrer et sortir d’un magasin, notamment un supermarché ou un magasin de vêtements, sans passer devant 1.000 tentations.

Et ça n’a pas manqué : mademoiselle 4 ans a bien sûr vu une superbe jupe brillante et de magnifiques barettes fleuries…qu’elle a immédiatement désiré acquérir. Mon refus, même motivé par le fait que le colis récupéré était rempli d’objets pour elle, a tout simplement provoqué une terrible crise de larmes, de cris et de pieds qui frappent le sol… Une de ces colères de votre enfant qui vous met mal à l’aise. Qui a évidemment suscité la réaction d’une vendeuse lui demandant “ben alors, c’est fini ces caprices?”

Non, ma fille ne faisait pas un “caprice”, ce dernier étant défini comme une manipulation volontaire d’une personne pour obtenir d’une autre quelque chose de précis. Parce que la manipulation est impossible pour une enfant de moins de 6 ans. En effet, jusqu’à cet âge-là, le cerveau de l’enfant, notamment son néo-cortex (ou cerveau cartésien) est immature. Ce qui signifie qu’il est compliqué pour lui de “gérer” ses émotions, de contrôler ses réactions (notamment, de prendre du recul sur les évènements) , de gérer ses décharges de manière constructive. Il est ainsi submergé par ses émotions et ne parvient que très rarement à se calmer seul.

Ce ne sont donc pas des “caprices”, des tactiques mises en place pour avoir ce qu’il ou elle désire, des manipulations, auxquelles s’exerce votre bambin. L’enfant de moins de 6 ans n’en est tout simplement pas physiologiquement capable. Et même plus tard, si votre enfant exerce de la manipulation sur vous…c’est qu’il l’aura vécu lui même, car ce n’est pas une capacité innée.

Mais alors, pourquoi votre enfant fait-il des colères ?

En premier lieu, parce que tous ces magasins sont remplis de stimulations, notamment visuelles. Pour les plus jeunes…comme pour leurs parents ! Combien de fois n’avez-vous pas été tenté d’effectuer des achats totalement inutiles et imprévus? Juste parce que certains produits vous avaient tapé dans l’oeil, judicieusement placés en tête de gondole ? Mais votre néo-cortex, mature et fonctionnel, vous permet de vous “raisonner” – ce qui n’est absolument pas possible chez un bambin. Alors il “explose”, se trouve submergé par ses émotions, il a besoin de s’exprimer, un besoin quasi vital. C’est un peu un appel à l’aide…

Sa réaction peut également être due à une expression de la frustration ressentie lors de notre refus, une frustration qu’il est encore bien incapable de gérer, pour la même raison.

Comment réagir à ces pseudo-caprices?

J’aurais pu me fâcher, lui lancer le fameux “ça suffit” et quitter le magasin. Je l’avoue, ça m’a traversé l’esprit. Mais seulement quelques secondes.

J’ai pris une bonne inspiration, posé mon esprit et réalisé que j’assistais simplement à un ouragan que ma fille ne parvenait pas à calmer. Dont la cause était uniquement le trop plein de sollicitations et, aussi, son apprentissage de la frustration… Je n’ai pas répondu à la vendeuse – peut-être aurais-je dû, et lui expliquer comme à tant d’autres que les jeunes enfants ne sont en rien manipulateurs. Mais la priorité, c’était ma fille.

Je l’ai prise dans mes bras, nous sommes sorties doucement du magasin, elle évidemment toujours en pleurs. J’ai ensuite pris le temps de mettre des mots sur son émotion, de lui expliquer que sa réaction était normale. Qu’elle était en droit de désirer cette belle jupe. Qu’elle était en droit d’être en colère de ne pouvoir l’avoir, mais que nous n’en achèterions pas aujourd’hui. Puis je lui ai demandé si elle souhaitait aller au parc voisin – ce qui a eu pour effet de la calmer. En redirigeant son cerveau vers une autre image.

Dans d’autres situations du même type, il est très efficace aussi de transporter l’attention de votre enfant vers un autre point de focalisation. Alors qu’il est obnubilé par le vélo bleu du petit garçon jouant à côté de lui, qu’il désire ardemment, détournez son attention. En vous enthousiasmant pour l’écureuil qui traverse les bois. Ou en lui faisant observer le petit moineau sur la branche. Ou encore en lui proposant d’aller faire de la balançoire ou toute autre activité qu’il affectionne particulièrement. Je vous le garantis; ça marche !

Permettez à votre enfant d’exprimer ses colères et toutes ses émotions

Lorsque votre enfant s’exprime ainsi, permettez-le lui. Aidez-le, accompagnez-le à apprivoiser ses émotions, à verbaliser, à en être peu à peu conscient. Ne demandez jamais à votre enfant de ravaler sa colère. Mettez-vous à sa place, vous verrez, vous comprendrez bien plus facilement ce qu’il peut éprouver… Bien sûr, il n’y a pas une réaction unique à ces tempêtes de vos enfants, pas de “méthode” universelle, ici pas plus qu’ailleurs. Observez votre enfant, ses réactions en général face aux stimuli, sa réaction ce jour précis, dans un contexte précis.

Et n’attachez aucun importance au regard des autres. Je sais, c’est parfois compliqué. Notamment lorsqu’on est soi-même passé par une éducation où les simples violences éducatives ordinaires étaient légion. De manière tout à fait involontaire de la part de nos parents, qui n’avaient eux-mêmes appris que cette manière d’éduquer. Lorsqu’on nous a appris à ravaler notre colère, à garder nos émotions, à être sensible au jugement des autres. Mais dans ce cas, surtout, surtout, les autres ne comptent pas. C’est votre enfant qui prime, et lui seul. Tant pis s’il fait du bruit, si tout le magasin se retourne sur vous. Oubliez les autres, ce qu’ils vont en penser. Lâchez prise, encore une fois.

Essayez d’éviter ce qui provoque les colères de votre enfant

Une autre manière de répondre à ces “colères” ? Ne pas les provoquer. Dans le cas présent, je me suis bien promis de ne plus la ramener, si possible, dans ce type de magasin. Lorsque vous ne pouvez faire autrement, donnez-lui des tâches : mettre les stylos dans le panier, chosir quelques fruits…

Dans d’autres cas, il peut s’agir de laisser faire seul son enfant, de reconnaitre ses progrès, le laisser grandir, tester et dépasser ses limites. Même si cela peut s’avérer difficile pour vous – comme laisser votre bambin marcher seul au bord de la rivière, sur un muret, grimper une échelle qui vous semble bien trop haute – mais ne l’est plus pour lui!

Pensez également à bien remplir son réservoir affectif, en lui donnant tout l’amour dont il a besoin pour grandir. Pour se sentir sécure. Lorsqu’il est trop peu plein, l’enfant cherchera à attirer votre attention pour le remplir, ce qui pourra également entraîner des “colères”.

Encore une fois, n’oubliez jamais d’observer votre enfant, pour ne pas lui proposer des challenges irréalisables mais suffisamment “challenging”. Tout est affaire de dosage.

N’hésitez à me poser des questions dans les commentaires, je me ferai un plaisir de vous aider !

Si vous avez aimé cet article, n'hésitez pas à le partager :-)
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

0 commentaire

Vous avez aimé cet article ? Laissez-moi un commentaire !

%d blogueurs aiment cette page :