Depuis quelques années, pour peu que l’on s’intéresse au sujet de la parentalité bienveillante, positive, etc, les articles de type “comment vous faire obéir par vos enfants sans crier” sont légions. Vous en avez très certainement, si vous êtes sur ce blog, reçu au moins un via vos réseaux sociaux. Facebook regorge de liens sponsorisés sur le sujet. Le web en général également. Au-delà du fait que oui, les cris ont un impact délétère sur le développement de nos enfants et les liens entre eux et nous, faut-il viser l’obéissance à tout prix ? Lisez la suite pour comprendre pourquoi vos enfants ne devraient pas obéir.

Obéir, qu’est-ce que c’est ?

D’après le dictionnaire Le Robert, obéir, c’est :

  1. se soumettre à (quelqu’un) en se conformant à ce qu’il (elle) ordonne ou défend.
  2. se conformer, se plier à (ce qui est exigé par autrui ou par soi-même). Exemple : Obéir à un ordre.

Le Littré nous indique que d’un point de vue étymologique, obéir c’est faire ce que veut un autre. Faire ce que l’on nous commande. Ce verbe vient du latin oboedire “prêter l’oreille”. A travers l’histoire, il a signifié être soumis, se soumettre à la volonté de quelqu’un. Ou encore exécuter un mouvement commandé par l’homme…

Pourquoi vouloir que nos enfants obéissent ?

Mais d’où nous vient donc l’idée que les enfants doivent obéir à leurs parents ? A leurs enseignants, à leurs éducateurs? Pourquoi voulons-nous être obéis? Principalement parce que nous avons été éduqués à obéir par nos parents, qui avaient été élevés de la sorte. Par nos enseignants, qui pensaient bien faire, pour notre bien. Et en conséquence, nous éduquons nos enfants, nos élèves à obéir. La plupart du temps, par automatisme. Sans avoir pensé aux impacts de nos actes, simplement en reproduisant ce que nous avons vécu. Et ce qu’on nous a enseigné, parfois non sciemment, parfois sciemment, comme “bon”.

Des croyances très anciennes, archaïques, sont vissées en nous. On a longtemps pensé, représenté l’enfant comme un animal à “dresser”. N’avez-vous jamais entendu “L’obéissance et le respect sont les premiers devoirs d’un enfant envers ses parents” dans la bouche de vos parents? De vos grands-parents ? Les deux valeurs étant liées, le respect n’allant pas sans l’obéissance.

Au lieu de considérer l’obéissance à l’autorité comme une vertu, nous devrions la voir comme une maladie devenue courante dans notre société. Nous sommes en train de créer de futurs citoyens qui obéiront aux ordres sans se poser de questions…

Thomas Gordon, Eduquer sans punir, Apprendre l’autodiscipline aux enfants, 1989

Les conséquences d’une “éducation par l’obéissance” sur le développement des enfants

Prôner l’obéissance, c’est conditionner les enfants aux rapports de force. Les habituer à être soumis à celui qui a l’autorité, le pouvoir. Pour les jeunes enfants, le parent apparaît bien souvent comme “celui qui a l’autorité”. Ne serait-ce que par notre taille en rapport à celle d’un bambin.”Parce que papa l’a dit“. L’odre crée par ailleurs un stress pour l’enfant. Il obéit par peur du rejet, de l’amour perdu…et nous imitera très vite.

Si nous lui donnons des ordres, soit il va se soumettre, s’inhiber et une partie de lui va s’éteindre, soit il va nous imiter”

Catherine Gueguen, Vivre heureux avec son enfant.

Ce sera ensuite la maîtresse, qui représente l’autorité “légitime” pour les jeunes élèves. Celle qu’on écoute et à laquelle on “obéit”, quoi qu’elle demande, “parce qu’elle l’a demandé”. Posez la question des raisons de certains comportements à vos enfants scolarisés. “Parce que c’est la maîtresse qui l’a dit“. Vous aurez bien souvent beaucoup de mal à connaître l’explication plus précise… Oui, le respect des consignes est nécessaire au fonctionnement d’un groupe à l’école. C’est la raison pour laquelle l’enfant la respecte qui peut interroger. Notamment concernant la soumission future de nos enfants aux ordres donnés par l’autorité perçue par eux comme crédible.

L’expérience de Stanley Milgram, dans les années 1960, (expérience de Milgram) est assez significative concernant le degré d’obéissance d’un individu devant l’autorité. La majorité des personnes y ont un niveau de soumission à l’autorité, quand elle est perçue comme légitime, particulièrement élevé. Et ce bien que cette obéissance aille à l’encontre de l’éthique personnelle de chacun.

L’autoritarisme, le fait de vouloir se faire obéir à tout prix, amène à imposer son point de vue. Sans discussion ni explication. Comme imposer à son enfant de ne pas se balancer sur sa chaise “parce que c’est comme ça et pas autrement“. Alors qu’il aurait été tellement plus constructif sur le long terme de lui expliquer les risques encourus. Pour lui en premier lieu, pour le matériel ensuite…

Lorsque quelqu’un entend ma demande comme une exigence, je le paie à chaque fois très cher, car le lien empathique est rompu et le plaisir de donner, détruit. Je perds alors ce qui m’était le plus précieux, ma relation de confiance avec l’autre”

Marshall Rosenberg, Enseigner avec bienveillance, 2006

Obéir, faire ce qu’on lui demande de faire parce qu’on le lui demande, sans vraiment comprendre pourquoi, entraîne une perte progressive de l’esprit critique de l’enfant. En effet, nous sommes tous nés avec une capacité à décider ce qui est bon pour nous. A faire des choix, à suivre notre instinct aussi. Mais comme toutes les compétences, la capacité à décider soi-même se développe avec le temps, selon notre environnement et nos expériences. Si nous contraignons nos enfants dès leur tout jeune âge, en leur demandant de nous “obéir”, sans autre explication, nous leur apprenons insidieusement à se fier à “l’autre”, à la figure d’autorité. Et en ferons des adultes incapables de prendre des décisions seuls.

Quand l’enfant obéit à un ordre, son cerveau frontal reste inactif. Quand vous le faites réfléchir (…) vous lui proposez de mobiliser son cerveau frontal, celui qui permet de décider, penser, anticiper, prévoir et par conséquent devenir responsable…

Isabelle Filliozat, J’ai tout essayé, 2011

Ne pas demander à nos enfants d’obéir : comment parvenir à la coopération et à l’autodiscipline

Changeons nos attentes

Pourquoi avez-vous l’impression que vos enfants ne vous obéissent pas, notamment si vous ne criez pas ? Alors que vous avez mis en place tous les “trucs et astuces” conseillés par les ouvrages et blogs en parentalité positive ? Peut-être tout simplement parce que l’attente n’est pas la bonne : celle qu’ils vous obéissent

Au lieu de souhaiter que nos enfants “obéissent”, changeons nos attentes ! Adaptons-nous à leurs capacités. Cherchons les raisons de leurs comportements qui nous insupportent, quand ils semblent ne pas nous entendre, au lieu de les condamner d’emblée.

Posons-nous les bonnes questions

Demandons-nous pourquoi ils ne répondent pas à nos injonctions pour venir dîner … alors qu’il sont en plein jeu, à peine installés depuis 5 minutes autour de leur Mistigri. Pourquoi NOUS trouvons qu’ils ne mettent pas leurs chaussures assez vite avant d’aller prendre le car, alors que NOUS les avons laissé dormir plus tard que d’habitude…parce que nous avons fêté l’anniversaire de papa jusque tard hier soir. Pourquoi ils ne nous écoutent pas, pleurent pour un rien, pendant une promenade en raquettes un bel après-midi ensoleillé…alors que nous les avons tout simplement réveillés de leur sieste parce que NOUS, parents, souhaitions plus que tout cette dernière sortie hivernale – oui, je sais, ça sent le vécu !

Demandez-vous pourquoi votre enfant n’est pas disponible pour vous écouter, pour coopérer avec votre sollicitation. Est-il suffisamment proche physiquement ? Son activité l’absorbe-t-elle totalement au point de le mettre dans sa bulle ? Est-il aux prises avec un besoin à remplir bien plus vital que celui que vous lui indiquez ? En pleine gestion de ses émotions ? Il m’est ainsi impossible de demander quoi que ce soit à Mademoiselle 4 ans lorsqu’elle est en plein jeu. Ou lit. Ou dialogue avec ses amis imaginaires. Y compris de venir manger un gâteau au chocolat, son dessert favori. Je pourrais m’agacer – et je l’avoue, je m’agace! Mais dans ces cas, se rapprocher, établir un contact physique, capter l’attention de l’enfant, écouter ses besoins, permet de désamorcer le conflit qui aurait pu naître. Et de parvenir à une coopération entre vous.

Décrypter les besoins de votre enfant, l’observer, apprendre à la connaître sont des préalables à toute écoute de sa part, à un dialogue constructif, à une coopération entre vous. Qui permettront à l’enfant d’exercer ses capacités de réflexion, de décision. De le guider sur le chemin de l’autonomie, de l’indépendance. De l’auto-discipline.

Ne pas chercher à être obéi n’est pas synonyme de laxisme

Non, vos enfants ne deviendront pas des tyrans, des enfants-rois. Bien au contraire, car ils agiront eux aussi sans rapport de force. Par ailleurs, c’est bien l’adulte qui détient la position dominante sur l’enfant, de par son emprise physique, psychologique et intellectuelle. C’est lui qui détient également les outils pour asseoir sa domination et “faire obéir” l’enfant.

La conception de “l’enfant tyran” ne peut plus tenir au regard des connaissances actuelles sur l’immaturité, la fragilité et la vulnérabilité du cerveau dans la petite enfance.

Catherine Gueguen, Pour une enfance heureuse, 2014

Se détacher de cette norme d’obéissance n’a pas pour corollaire de “tout permettre”, de supprimer les limites. Comprendre l’enfant, l’apaiser, n’est pas synonyme de laisser faire ou de céder. Ce n’est pas du laxisme. Il paraît évident que les enfants ont besoin d’un cadre pour être sécurisés. Mais un cadre qui ne leur est pas imposé sans explication, dans le rapport de force. Il est indispensable d’expliquer les limites, à tout âge. En adaptant aussi bien les limites que l’explication à l’âge mais aussi à l’enfant, unique, que vous avez en face de vous. Quant au respect, bien souvent lié à l’obéissance (la fameuse “s’il ne t’obéit pas, c’est qu’il ne te respecte pas”), c’est par l’exemple qu’il viendra. C’est parce que vous respecterez votre enfant, ses émotions, sa nature même d’enfant, que lui-même vous respectera.

Revoir nos attitudes pour amener l’écoute et la coopération, l’auto-discipline

Laissez-lui également l’opportunité d’expérimenter – sans le mettre en danger bien évidemment ! L’opportunité de décider qu’il veut mettre sa micro doudoune alors qu’il fait à peine 4° le matin – tout en lui expliquant les conséquences probables de son acte, mais en le laissant aller au bout de son idée. Le laisser apprendre de ses expériences, le responsabiliser. L’aider à s’auto-discipliner, aurait dit Thomas Gordon, qui a écrit sur ces sujets bien avant la “mode” de l’éducation bienveillante ou positive.

Proposez-lui un environnement adapté, préparé. Un environnement dans lequel ranger son manteau en rentrant de l’école est facilité par des porte-manteaux à sa hauteur. Où les objets qui vous sont précieux sont hors de portée, pour éviter le fameux “ne touche pas”. Vous l’aurez compris, un environnement qui facilite cette fameuse auto-discipline. Qui s’adapte à vos règles, à vos besoins comme aux siens.

Adaptez vos demandes, votre manière de chercher son écoute. Mettez-vous à sa hauteur pour lui parler, votre enfant sera plus à même de vous “entendre”. Adoptez un ton bienveillant, abandonnez la négation – un jeune enfant entend votre “ne pas”, mais sa réaction physique est plus rapide que l’analyse cérébrale de la phrase. “Ne mets pas tes affaires par terre” est immédiatement traduit, dans ses gestes, par… des affaires par terre. “Accroche tes affaires au porte-manteau” sera bien plus efficace.

Alors certes, affirmer que vous ne cherchez pas à vous faire obéir par vos enfants va créer des réactions épidermiques. Aussi bien dans votre famille qu’à l’école ou au sein de votre cercle d’amis. Lâchez prise. Pensez avant tout au développement de VOTRE enfant. Entourez-vous de personnes compréhensives. Si vous ne l’avez déjà fait, documentez-vous sur les neurosciences. Sur l’impact de l’obéissance à tout prix sur le développement émotionnel et intellectuel de votre enfant.

Si votre automatisme archaïque d’obéissance reprend le dessus, si un jour de fatigue, d’épuisement, vous lâchez un “tu viens ici tout de suite et puis c’est tout”, ne culpabilisez pas. Nous sommes tous humains et loins d’être infaillibles ! Dites-vous bien que c’est la répétition et la fréquence qui créent les dépendances et auront des conséquences sur le développement de l’enfant. Lorsque votre marmite a explosé, revenez au calme, prenez votre enfant dans vos bras et expliquez lui pourquoi. Pourquoi vous vous êtes emporté. Partagez vos émotions. Demandez-lui pardon. Ici encore, ce sera un excellent exemple à suivre pour lui.

Et n’hésitez pas, si besoin, à me poser des questions en commentaire, je ferai de mon mieux pour vous accompagner 🙂

Si vous avez aimé cet article, n'hésitez pas à le partager :-)
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

0 commentaire

Vous avez aimé cet article ? Laissez-moi un commentaire !

%d blogueurs aiment cette page :