(Et comment réagir )

Et voilà, ça y est, votre enfant vous ment pour la première fois ! Vous êtes inquiet : pourquoi ce nouveau comportement ? Comment réagir ? Va-t-il devenir un menteur compulsif ? Ne paniquez pas trop vite : tous les enfants (ou presque) passent par ce stade et mentent un jour – ou plusieurs ! Avant de réagir, de sur-réagir souvent, demandez-vous toujours pourquoi votre enfant a menti. Il existe presque toujours une raison au mensonge (en dehors de rares cas pathologiques, dans lesquels l’enfant ment sans raison, sans planification ni motivation). Identifier cette raison apparait bien plus important que la stigmatisation ou la punition. Suivez-moi ci-dessous pour découvrir pourquoi votre enfant ment et comment vous positionner face au mensonge.

Les raisons pour lesquelles l’enfant ment

Selon l’âge, ces raisons peuvent évoluer. Avant 3 ans 1/2 – 4 ans, il s’agit principalement de “défaut de mémoire” et de confusion entre réalité et imaginaire. Puis il pourra mentir délibérément, pour cacher une action, par inquiétude du jugement ou des conséquences d’un acte. Pour “rentrer dans le moule”, pour que l’on s’intéresse à lui, pour cacher un manque. Quoi qu’il en soit, soyez toujours en recherche de ces raisons, avant de réagir.

Le mensonge est un comportement qui fait partie du développement “normal” d’un enfant

D’après Isabelle Filliozat, les enfants ne saisissent pas le concept de mensonge avant l’âge de 3 ans. Si vous lui demandez si c’est elle qui a cassé la voiture rouge auquel son grand frère tenait tant, Mademoiselle 2 ans 1/2 vous répondra “non” tout simplement parce qu’elle ne se souvient pas encore bien de ses actes.

Autour de 3 ans, tout ce qui est dans sa tête lui paraît vrai. C’est l’âge des “images mentales“, ces images qui lui semblent aussi vraies que nature. Votre enfant ne ment pas lorsqu’il vous parle de sa chasse au dragon : il la visualise dans sa tête, c’est donc “vrai”. Sa vérité à lui. Sa réalité.

Un peu avant 4 ans, votre enfant découvre qu’il peut inventer, dire des choses qui ne sont pas vraies. Il commence à discerner réalité et imaginaire. Il comprend qu’il peut “faire croire” que des choses imaginaires sont réelles. Ces “mensonges” font partie de son développement cérébral. C’est une manière pour lui de tester les frontières entre réel et irréel.

Paul Ekman, psychologue américain, auteur de recherches sur le mensonge en général et chez l’enfant en particulier, explique que tout enfant mentira un jour ou l’autre. Pour lui, “dès 4 ans, nos enfants sont capables de distinguer les mensonges des vérités dites évidentes“. Ils ne font plus “juste des erreurs”, confondant la réalité et l’imaginaire. Ils racontent délibérément des histoires qu’ils savent fausses, pour tromper leur entourage. Néanmoins, jusqu’à l’âge d’environ 8 ans, tout est blanc ou noir : si vous dites quelque chose de faux, c’est forcément un mensonge pour votre enfant. Quoi que ce soit, il pense que c’est pour le tromper, volontairement.

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Mon enfant ment parce que son imagination vagabonde

Votre chérubin, 3 ans 1/2 ans, rentre de l’école en vous racontant qu’aujourd’hui, il a fait du poney avec sa classe. Et que son poney est parti au galop très vite, qu’il a fait le tour de la piste sans s’arrêter. Et que “même”, il est resté dessus! C’est sa première séance de poney, il n’en a jamais fait, ça, vous le savez ! Et il a toujours manifesté une crainte plutôt élevée des équidés, aussi petits soient-ils… Vous mentirait-il ?

En fait, il vous raconte une histoire. Celle qu’il aurait aimé vivre. Parce que, vous l’apprendrez plus tard par la maitresse, il n’a pas osé monter sur son poney. A préféré regarder les autres… Mais il aurait tellement envie de chevaucher son destrier comme un cow-boy… Alors il imagine ce qui s’est passé – et lorsqu’il vous le raconte, il y croit vraiment. Comme lorsque Mademoiselle 4 ans raconte à ses ami.e.s que le Père Noël, et ben elle l’a vu. Qu’il était dans son jardin, avec ses rennes. Et qu’il lui a même fait coucou !

Dans ces cas-là, posez-lui simplement la question “C’est vraiment arrivé, tout ça ? Ou bien c’est quelque chose que tu souhaiterais vraiment très fort ?”. Ne jugez pas, ne lui dites pas, à peine son récit terminé “Tu racontes des histoires, tu mens !”. Ne découragez surtout pas son imagination ; c’est ce qui permettra à votre enfant de développer son esprit créatif, aussi. Aidez-le simplement à réaliser qu’il est tout à fait possible d’inventer, mais qu’il faut rester conscient que c’est une histoire.

Parfois, avant 4 ans, vos enfants mentent sans même s’en rendre compte : parce que leur mémoire leur joue des tours. Ils ne se souviennent réellement plus de ce qui s’est passé, et croient ce qu’ils vous disent comme étant réel. Ne leur en voulez pas, ne les stigmatisez surtout pas !

Le mensonge pour éviter les conséquences de ses actes

Mademoiselle 4 ans 1/2, les doigts couverts de chocolat, qui m’assure que “non, je n’ai pas mangé d’oeuf en chocolat”. Avant même que je lui aie posé la question ! Vous l’avez vécu, n’est-ce pas? Pourquoi nier ainsi la vérité, pourtant criante ? Tout simplement parce que votre enfant craint votre réaction. Elle sait qu’elle ne devait pas manger de sucrerie juste après le repas. Que le chocolat, c’était pour le goûter. Et elle se demande si vous allez la gronder. La priver de quelque chose. Dans son esprit, peut-être même allez-vous moins l’aimer ? Alors elle préfère vous cacher la vérité.

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Offrez-lui une chance de dire la vérité. Laissez-lui l’opportunité d’être honnête. En lui demandant, par exemple, pourquoi ses doigts sont tout chocolatés. Il est fort à parier qu’elle vous regardera d’un air penaud et avouera…N’hésitez pas à ensuite insister sur le fait que vous appréciez son honnêteté. Si Monsieur 5 ans, qui a renversé en courant la belle lampe du salon maintenant ébréchée, finit par vous dire que oui, c’est bien lui – ne lui en voulez pas. Même si c’était une lampe qui vous était chère. Remerciez-le plutôt pour son honnêteté. Proposez-lui d’essayer de “réparer sa bêtise”, en tentant de recoller ensemble les morceaux. Vous lui enlèverez un grand poids et lui permettrez de comprendre que l’honnêtetée paie…

Si votre enfant a une tendance à régulièrement dissimuler la vérité concernant ses actes à la maison, ses “évaluations” (je n’aime vraiment pas ce terme, mais c’est un fait, dès la maternelle, nos enfants sont évalués…) à l’école, questionnez-vous. Peut-être avez-vous l’habitude de le réprimander pour tout. De le punir. Thomas Gordon indique que “les punitions altèrent la confiance entre enfants et parents“. Elles entrainent également la peur chez votre enfant, stimulant le circuit de stress, empêchant ainsi votre enfant de réfléchir à ce qu’il a fait. Il préfèrera vous mentir, par crainte de vous. De même, Isabelle Filliozat précise que les punitions n’enseignent que la peur du gendarme, et non l’autodiscipline. Si votre enfant ment régulièrement dans ce type de situations, examinez vos comportements.

Le mensonge peut ainsi constituer une forme de communication de votre enfant. Sachez écouter ce qu’il cherche à vous dire en vous mentant.

L’enfant ment pour impressionner et “rentrer dans le moule”

Il n’est pas rare que les enfants, en classe, dès un assez jeune âge, s’inventent des vacances paradisiaques, exceptionnelles. Des cadeaux de Noël tous plus merveilleux les uns que les autres. Des fêtes d’anniversaire extraordinaires. Le plus souvent, pour faire comme les autres. Parce qu’ils ont l’impression qu’ils ne peuvent être acceptés autrement qu’en étant comme les autres. Parce qu’aussi, ils se sentent le centre de l’attention lorsqu’ils racontent leurs vacances extraordinaires au pays de Disney. Plus tard, votre adolescent racontera aussi des histoires pour paraître “cool” auprès de ses ami.e.s. Pour les impressionner.

La pression de la société pour être conforme, rentrer dans le moule, se fait sentir très tôt. Les enfants se sentent certes coupables de mentir, mais n’y voient pas de “mal”. Ils ne se rendent pas compte qu’ils peuvent blesser. Le bénéfice qu’ils en retirent (être comme les autres, avoir autant de cadeaux, partir aussi en vacances…) leur apparait bien supérieur. Alors ils mentent.

Ce comportement, s’il est fréquent, reflète une certaine insécurité, un manque de confiance en eux. Essayez de montrer à votre enfant qu’il est tout aussi intéressant en racontant ce qui lui est réellement arrivé. Ses “vraies” vacances. Aidez-les à se rapprocher des autres sans avoir besoin de mentir. Récompensez ses efforts, pas ses résultats, afin qu’il comprenne qu’il n’a pas besoin d’être le meilleur, le “plus”, pour être aimé ou accepté.

Le mensonge pour cacher une réalité insupportable

Les mensonges peuvent parfois cacher des problèmes plus profonds. C’est un signal d’alarme, à ne pas négliger. Certains enfants se mettent à réellement s’inventer une vie lorsque la leur est difficile. Dans des cas de divorce des parents, par exemple. De décès, de maladie. L’enfant pourra raconter des histoires pour cacher la séparation : “papa est parti en voyage dans un pays lointain, il y chasse les lions, je vais le voir pendant les vacances, …”. L’enfant finit même par croire à cette vie qu’il s’est inventée. C’est sa façon à lui de se protéger, de faire face à la situation. Dans ces cas précis, il est nécessaire de consulter un professionnel afin d’aider l’enfant à accepter la réalité.

Comment réagir lorsque votre enfant ment

Prévention : faites de l’honnêteté une priorité à la maison

Vous avez, en tant que parent, un rôle de modèle à tenir. Le fameux “faites ce que je dis, pas ce que je fais”… Si votre enfant vous prend en flagrant délit de mensonge, comment voulez-vous qu’il comprenne ? Si vous mentez délibérément à l’entrée des musées sur son âge afin d’obtenir une réduction ? Ou prétextez sa maladie pour éviter un dîner de famille ?

Certes, certains mensonges ont un caractère “social”. Vous ne voulez pas blesser Oncle Marcel en lui disant que oui, il vous a déjà raconté cette histoire 10 fois. Ni Mamie Odette qui a mis trop de sel dans la sauce… Expliquez à vos enfants qu’il s’agit ici de ne pas vexer, ne pas blesser. Sûrement pas de faire du mal.

Valorisez les comportements honnêtes, plutôt que d’appuyer sur les mensonges. Montrez que vous appréciez lorsque votre enfant vous dit la vérité. Répétez à votre enfant que vous l’aimez, comme il est, sans qu’il ait besoin d’être un autre, d’avoir des résultats exceptionnels.

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Ne donnez pas trop de poids aux mensonges…

Si vous donnez trop de poids, trop de pouvoir aux mensonges, votre enfant risque de mentir…pour avoir du pouvoir ! Le pouvoir de dépasser vos limites, de vous tester, de vous toucher.

Dans tous les cas, mettre l’idée du mensonge dans le cerveau de l’enfant n’est pas forcément pertinent.

Isabelle Filliozat, “J’ai tout essayé”.

Evitez les punitions

Punir un enfant favoriserait le renouvellement du mensonge. Y compris punir pour un mensonge. C’est ce que démontrent Victoria Tawlar et Kang Lee, deux chercheurs canadiens, en comparant les élèves de maternelle de deux écoles ouest-africaines. Dans l’une, les enfants subissent régulièrement des punitions. Dans l’autre, les enfants ne sont pas punis. Les enfants des deux classes sont laissés seuls dans une pièce, et il leur est demandé de ne pas toucher à des jouets laissés bien en vue. Tous les élèves ou presque touchent aux jouets. Lorsqu’il leur est ensuite demandé s’ils ont respecté la consigne, la plupart des enfants de la première classe mentent, au contraire des élèves de la seconde classe, jamais punis.

De même, ne réprimandez pas le comportement qui a généré le mensonge. Si vous le faites, votre enfant ne sera que plus tenté encore de vous mentir la prochaine fois. Ainsi, s’il vous avoue avoir sali le canapé en mettant ses chaussures dessus, remerciez-le pour son hônnêteté – et associez-le au nettoyage.

Ne stigmatisez pas l’enfant qui ment

Oui, le mensonge est “mal”. Non, un menteur n’est pas mauvais...Encore une fois, c’est associer une attitude/un comportement à celui qui agit. La réaction brutale, que tout parent peut avoir en découvrant un mensonge, du “Tu es un vilain menteur” colle une étiquette à votre enfant. Qui pourra avoir comme effet de transformer effectivement votre enfant en …menteur. Parce que c’est comme ça que vous le voyez, et que vos prédictions vont s’autoréaliser : c’est l’effet Pygmalion.

…préférez expliquer les conséquences du mensonge

J’ai un jour lu cette comparaison, qui me semble très pertinente : tous les adultes savent qu’il ne faut pas conduire trop vite. Si vous leur demandez pourquoi, une majorité vous répondra : parce que c’est puni par la loi. Passible d’une amende. Alors que le fond du problème est le danger de la vitesse sur les routes, pour les autres. Appliquez-le au mensonge : les enfants, à partir d’un certain âge, savent que ce n’est pas “bien”. Que ce n’est pas permis. “Parce que c’est mal”. Mais combien savent qu’en réalité, par le mensonge, ils peuvent blesser l’autre ?

Expliquez à votre enfant les conséquences du mensonge. Montrez-lui pourquoi il est mieux de ne pas mentir : l’honnêteté amène la confiance. Dites lui simplement que vous avez besoin de lui faire confiance pour lui donner plus de responsabilités, par exemple.

Quel que soit le sujet du mensonge, restez calme. Discutez avec votre enfant, parlez avec lui, calmement. Sans lui faire une leçon de morale, en prenant garde au ton que vous employez. Souvenez-vous, les mots ne constituent que 10% du message : votre ton, vos gestes, votre regard sont primordiaux.

Enfin, travaillez l’empathie. Aidez-le à mettre des mots sur ce qu’il ressentirait si son amie lui mentait. Vous lui permettrez ainsi de mieux réaliser les conséquences de son mensonge sur autrui.

En bref, sachez accepter que votre enfant puisse mentir, occasionnellement. Acceptez qu’il le fera, un jour ou l’autre. Qu’il n’est pas pour autant mauvais. Que votre parentalité n’est pas pour autant “mauvaise”. Encore une fois, lâchez prise. Ne punissez pas le mensonge occasionnel, au risque de l’encourager, préférez l’exemplarité et la discussion, l’échange. Expliquez ce que peut entrainer un mensonge, faites lui comprendre que oui, il peut blesser. Qu’il est nocif. Soyez exemplaire, autant que faire se peut (soyons réaliste, qui ne ment jamais, notamment pour éviter de blesser autrui…). Restez à l’écoute, observez. Cherchez à comprendre pourquoi votre enfant ment. Ne traitez pas le symptôme (le mensonge), mais la cause de ce mensonge, notamment lorsqu’il se répète : manque d’attention, de confiance en soi… Cherchez ce que votre enfant cherche à vous dire.

Et n’hésitez pas, si vraiment la fréquence devient trop importante, ou si vous avez la sensation que votre enfant manipule les autres, à rechercher l’aide d’un professionnel. Le mensonge n’est réellement inquiétant que lorsqu’il devient pathologique ou compulsif. Dans ces cas, il est souvent associé à d’autres comportements récurrents tels que fortes colères, changements extrêmes d’humeur… L’observation de votre enfant est, encore une fois, la clé.

Et vous, comment avez-vous réagi au premier mensonge de votre enfant ? Partagez vos expériences en commentaire ci-après !

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Catégories : Parentalité consciente

3 commentaires

Christel Grataloup Fargeas · 11 mai 2021 à 15:54

Super !

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