La neige ayant enfin fondu dans notre jardin, nous avons profité de ce dimanche ensoleillé pour parfaire le paillage du potager. Pour la deuxième année consécutive, depuis notre installation dans le Cantal, j’essaie en effet de réussir le défi d’un potager en permaculture.

La permaculture, késaco ?

Voilà plusieurs années que je m’informe sur la permaculture. Ca a commencé par des livres, des vidéos, puis des stages, pour voir “en vrai”. Dans le Morvan tout d’abord, chez Nicolas Pezeril, puis en Haute-Savoie, où Laure m’a transmis une permaculture “pratique”. Des partages d’expériences aussi, ici dans le Cantal ou encore avec l’une de mes filles, qui a expérimenté le woofing en Nouvelle-Zélande, en partie dans des fermes permacoles.

J’ai ainsi appris qu’au delà du potager, la permaculture nous propose aussi (et surtout) une éthique et des principes. C’est un guide pour notre vie quotidienne, pour notre pensée. Pour Yves Cochet, militant écologiste, ” la permaculture (…) est une autre façon de concevoir et d’agir sur le monde, en même temps qu’un ensemble de stratégies de résilience face aux métamorphoses” (extrait de Permaculture principes et pistes d’action pour un modede vie soutenable). C’est un concept qui impacte un ensemble de projets : en agriculture bien sûr, mais également en matière d’éducation, de gouvernance, de développement personnel, d’urbanisme, d’habitat, etc.

Légumes permaculture
Des légumes sains sur un sol sain

La permaculture est un guide pour définir des projets économiquement rentables, environnementalement durables et socialement équitables. Des projets permettant d’être plus autonomes, plus résilients aussi. Le mot lui-même vient de l’expression anglophone permanent agriculture, utilisée pour désigner une agriculture capable de nourrir les hommes en même temps que la terre. C’est pour cette raison qu’elle est très souvent associée à l’agriculture biologique. La permaculture a toutefois rapidement évolué vers une “culture de la permanence” : culture des sols, culture de soi, culture des hommes.

Pour Louise Browaeys, ingénieure agronome (la permaculture dans la vie de tous les jours) il ya trois éthiques fondamentales au centre de la permaculture :

  • prendre soin de la terre,
  • prendre soin de l’humain,
  • fixer des limites à la consommation et à la démographie, redistribuer les surplus.

La fleur permacole, qui illustre la portée globale de la permaculture, aborde d’innombrables domaines d’application :

  • santé et bien-être,
  • finance et économie,
  • prendre soin de la nature et de la terre,
  • habitat,
  • foncier et gouvernance,
  • enseignement,
  • culture,
  • outils et technologie.

C’est cet ensemble qui m’a séduit, même si j’ai connu la permaculture d’abord pour son aspect “perm-agriculture”. Je me suis rendue compte qu’elle représentait un vrai chemin de vie. Un chemin de déconstrction et de reconstruction, où l’observation (des sols, de soi, de nos enfants) et l’autonomie était primordiaux. Je tente de progresser, à mon rythme, sur cette voie…

Un potager en permaculture, pourquoi, comment ?

Chacun fait SA permaculture. Elle débute par l’observation du terrain, avant toute chose. Du climat, des micro-climats, du sol, de l’orientation…Il s’agit en quelque sorte de “soigner” son terrain : sur un sol sain, on obtiendra forcément des produits sains.

Des légumes sains sur un sol sain

La permaculture au potager, en tous cas telle que je la vois, c’est mettre en place un environnement où tout fonctionne en harmonie, en autonomie. C’est un potager où le sol s’auto-nourrit, s’auto-entretient, dans lequel l’arrosage devient quasi-anecdotique. Un potager qui devient autonome. Parce que les conditions sont remplies pour que la nature aide la nature. C’est donc aussi un potager où les tâches seront moindres – pas de désherbage, pas de labour, de terre à retourner, pas ou peu d’arrosage… Ce n’est pas pour rien que certains l’appellent “le potager du paresseux” :-).

Les principes généralement appliqués sont les suivants :

  • une terre qui n’est jamais laissée à nu, quelle que soit la saison,
  • une terre travaillée au minimum,
  • une maximisation de la récupération et du recyclage.

Concrètement, ça donne quoi ?

Lorsque nous sommes arrivés en été 2019, le terrain était une simple prairie. Nous avons d’abord observé : quelle partie était la plus ensoleillée, la plus humide, la moins pentue… Nous avons ensuite dessiné notre futur potager : pensez toujours à l’aspect pratique des choses. Ainsi, je vous recommande de faire des “planches de culture” n’excédant pas 1m20, afin que vous puissiez facilement accéder au centre de votre planche depuis ses 2 côtés.

Au début de l’automne, nous avons commencé à préparer le terrain pour le printemps. Certains préconisent de disposer en premier lieu des cartons (si possible bio, en tous cas marrons, sans colle ni encre!), d’autres de pailler directement. J’ai choisi un mix, afin d’étudier, de faire mes propres expériences. Recouvrir ainsi le sol permet de créer des zones d’ombre afin que les plantes meurent, évitant ainsi le désherbage. Si vous vous intéressez à la question, vous le verrez vite : culture en buttes, en lasagnes… Chacun SA permaculture. Adoptez la vôtre !

Paillage d’automne – avec le foin du voisin !

Sur un sol surpâturé, il aurait été conseillé de mettre entre 5 et 10 cm de BRF (bois raméal fragmenté), minuscules copeaux de rameaux de 1 à 3 ans. Ou de la sciure. Ou encore des feuilles mortes. Petite astuce : pensez à demander à votre commune, les employés municipaux taillent et broient parfois les déchets issus de la taille des arbres. L’idée étant, bien évidemment, d’utiliser ce que l’on a, ce que l’on peut récupérer ici ou là. Notre sol ayant été au repos depuis plus de 10 ans, je n’ai pas jugé cette étape nécessaire – et pour être tout à fait honnête, je n’avais pas de copeaux et pas les moyens de m’en procurer :-).

Vient ensuite l’étape du “paillage”, qui peut être réalisée avec du foin (plus riche que la paille) ou de la paille (bio). Au minimum 10 cm. Le foin (ou la paille) apporté au sol le nourrit, ce qui permettra aux animaux de travailler le sol…à votre place ! Il permet ainsi d’éviter le labour, puisque ce sont notamment les vers de terre qui se chargeront de retourner la terre.

Balle de foin en permaculture
Balle de foin des voisins

Il s’agit en fait de reproduire la litière du sous-bois, très meuble et aérée, extrêmement riche. Le paillage évite également, en été, l’évaporation de l’eau : on arrosera, au printemps, les jeunes plantons (avec l’eau de pluie récupérée) et puis basta ! Le jardin devient ainsi plus autonome…

Et puis vient l’hiver. Chez nous, synonyme de neige pendant près de 3 mois !

Au printemps, il sera temps d’augmenter le paillage si besoin – l’hiver l’aura tassé. Puis de planter – vos semis réalisés précédemment, ou en pleine terre. Tout dépendra de votre terrain encore une fois, du climat, des plantes choisies… Pensez-y suffisamment tôt pour prévoir vos semis sous serre ! Mais ça, c’est une autre étape – que j’aborderai dans un très prochain article, c’est promis !

Si cet article vous a intéressé, que vous souhaitez aborder la permaculture, lisez, mais pas uniquement. J’ai beaucoup appris en lisant, en me documentant, certes. Mais jamais autant qu’en allant voir. Laure, d’Un Jardin au Paradis en Haute-Savoie, ( Un jardin au paradis) m’a énormément appris. Si vous résidez près de Boëge, Thonon…courrez la voir ! N’hésitez pas à me poser des questions en commentaires sur la permaculture au potager. Après deux années d’essai, je commence à connaître quelques “trucs” que je me ferai une joie de partager – c’est cela aussi, l’esprit de la permaculture…

Repaillage de printemps – paille cette fois !
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