Lorsque mes aînées sont nées, en 1995, je n’avais jamais entendu parler de maternage proximal. Et pour cause : c’est un terme qui a été popularisé au début des années 2000 seulement par le pédiatre américain William Sears. Par ailleurs, en pleine rédaction de mémoire de sciences économiques, je n’avais alors lu aucun livre sur la parentalité. Pas particulièrement proche de ma mère, première de mes amies à devenir maman (et de loin:-)), j’ai directement plongé dans le bain de la maternité le jour de leur naissance. En suivant plus ou moins ce que je “sentais” – et aussi parce que j’ai vécu une bonne partie de cette maternité sur le continent africain: allaitement à la demande, cododo, portage… Et je ne l’ai jamais regretté . On me classerait aujourd’hui dans les “hyper-mères”, on dirait aujourd’hui que j’ai pratiqué le maternage proximal. Et si j’avais seulement suivi mon instinct ?

Les origines du maternage proximal

Popularisé outre-atlantique par le docteur Sears au début des années 2000, où il prit le nom d’ “attachment parenting”, le maternage proximal se fonde sur la théorie de l’attachement. Selon laquelle un enfant peut se développer pleinement et s’éloigner de la figure d’attachement de manière sereine uniquement si ses besoins vitaux de proximité ont été remplis. Les neurosciences ont également récemment confirmé l’importance d’un maternage répondant aux besoins du bébé sur le développement harmonieux de l’enfant, notamment sur celui de son cerveau.

Selon les neuro-sciences, le cerveau du nouveau-né est extrêmement immature. Une relation empathique, soutenante et aimante avec son nouveau-né conditionne l’évolution optimale du cerveau. Lorsque la mère a une attitude chaleureuse et soutenante, elle agit en effet sur le cortex orbito-frontal, partie du cerveau qui régule les émotions et nos comportements sociaux. Le maternage, qui consiste à prendre soin, réconforter, consoler, câliner son bébé a des effets très positifs sur la maturation du cerveau s’il est fait dans le respect des besoins de proximité de bébé. Il permet alors d’agir sur les facultés intellectuelles et affectives de l’enfant.

Par ailleurs, des scientifiques (notamment le Canadien Michael Meaney en 2010) ont démontré que le maternage modifiait l’expression d’un gène chez le bébé et impactait notre façon d’être en tant qu’adulte. Ce gène renforcerait l’aptitude à faire face au stress et améliorerait la mémoire et l’apprentissage. Enfin, il augmente le “Brain-derived Neurotrophic Factor (BDNF), molécule facteur de croissance neuronale.

Un contact doux semble avoir des effets positifs sur la maturation cérébrale des enfants et activer leur cortex pré-frontal.

Le maternage favorise la sécrétion d’ocytocine, hormone qui :

  • agit sur la partie du cerveau impliquée dans la genèse et la perception des émotions,
  • favorise l’empathie, aussi bien chez le parent que chez l’enfant,
  • diminue le stress,
  • procure du bien-être.

L’ocytocine est sécrétée dans le cas d’interactions harmonieuses et de toute simulation sensorielle. Donc dans le maternage proximal, qui implique un contact doux et bienveillant.

En répondant aux besoins de l’enfant, on l’aide donc à grandir harmonieusement. Or nos enfants sont les adultes de demain. Mes filles premières-nées, aujourd’hui âgées de 25 ans, sont deux jeunes femmes empathiques et bienveillantes, qui se soucient de l’autre. L’une est sage-femme, l’autre a choisi d’aider les agriculteurs à faire évoluer leur métier vers un modèle plus soutenable pour le monde de demain. Les liens entre chacune d’entre elles et leur mère sont forts et indéfectibles, mais elles sont autonomes. Je ne saurai jamais ce qu’elles seraient devenues si j’avais materné différemment. Mais j’ai plaisir à penser qu’allaitement à la demande, cododo et portage ont participé à ce qu’elles sont aujourd’hui

Le maternage proximal

Lorsqu’on est “maternante” (ou adepte du maternage proximal, parfois aussi appelé “maternage intensif”), on pratique notamment le cododo, l’allaitement à la demande relativement tardif, le peau-à-peau, le portage. Et surtout on ne laisse jamais pleurer un nouveau-né. Mais l’on est à l’écoute de ses besoins en lui offrant notre proximité permanente. Afin de répondre à tous ses besoins, qui sont vitaux. Pour certains, le maternage proximal débute dès la grossesse. A travers le toucher et la voix, via l’haptonomie (méthode permettant de communiquer avec bébé in utero). De nombreuses mamans se réclamant de cette philosophie souhaitent un accouchement le plus physiologique possible, parfois à la maison.

L’allaitement dans l’allaitement proximal

L’allaitement a longtemps constitué l’unique manière de nourrir son nouveau-né, avant l’invention du lait maternisé par l’industrie occidentale. Et ce dans un but évidemment uniquement financier. Contrairement à tout ce qui a pu être communiqué sur ce sujet par les grandes multinationales. Le lait maternel demeure le meilleur aliment pour le nouveau-né. Et un outil formidable de contact avec sa mère, de proximité, de chaleur humaine et de protection.

Pour ma part, c’est apparu comme une évidence. Sans avoir été influencée ni par les livres, ni par les médecins, ni par ma famille ou mes amis. J’allaiterais mes enfants. Je n’ai jamais regretté cette décision et j’ai allaité mes 6 enfants, à la demande, jusqu’à leur sevrage spontané. Ce sont des moments uniques, irremplaçables – épuisants, certes, notamment au début, mais tellement riches. Les neurosciences ont d’ailleurs confirmé ce que j’ai toujours ressenti. Le toucher, tellement présent dans l’allaitement, permet la sécrétion de molécules de bien-être, chez bébé comme chez sa mère.

Attention, avec l’allaitement comme le reste du maternage, ne soyez pas rigide. Ce n’est pas parce que vous aviez décidé d’allaiter que vous DEVEZ allaiter. Je m’explique. Il arrive que vous ne supportiez pas d’allaiter. Qu’en allaitant, , vous ayez juste envie d’envoyer votre bébé promener. Que vous soyez triste, que vous ayez envie de le sevrer, que vous vous sentiez suffoquer pendant la tétée. Et puis la tétée passée, vous culpabilisez…C’est ce qui s’appelle “l’aversion à l’allaitement“.

Assez tabou, je l’avoue. Notamment dans la sphère du “maternage proximal”, où l’on est supposé être dans la proximité, justement.. En amour permanent…alors personne n’ose en parler. Mais ça existe. Si vous êtes dans cette situation, que vous ne vous sortez pas de cette aversion, si l’allaitement s’avère trop lourd pour vous, ne culpabilisez pas – facile à dire, je sais. On peut aussi être à l’écoute des besoins de son bébé en donnant un biberon, si tout le monde va mieux ainsi.

Le cododo, facteur de proximité et de sécurité pour bébé…et de sommeil pour les parents !

Quant au cododo, il a longtemps fait partie des habitudes, y compris en France. C’est une pratique courante dans d’autres pays. Et puis, avouons-le, c’est une technique qui permet aux parents de …dormir ! Sans aucune connaissance ni recherche à ce sujet, j’ai rapidement adopté le cododo avec mes deux aînées, que j’allaitais. M’apercevant rapidement que mes nuits comme les leurs étaient bien plus confortables ! Leur sommeil et leurs endormissements, aussi… Et puis, avouons-le, oui, ce sont des moments qui favorisent sans aucun doute le bien-être. Celui de bébé comme de ses parents.

Le portage au coeur du maternage

Le portage est également employé depuis la nuit des temps dans de nombreuses cultures. Il est rassurant pour bébé (et pour son parent, puisque le bébé est toujours avec soi). Et pratique pour sa mère (oui, ce sont les mères qui portent, ce sont les mères qui allaitent, ce sont les mères qui sont…Mères).

En effet, on peut à peu près tout faire en portant son bébé. Je l’ai aussi appris par l’expérience, en observant les femmes nigériennes, où je vivais avec mes filles, leur bébé accroché dans le dos toute la journée. En réalisant qu’il m’était bien plus facile de “vivre” ainsi, avec bébé dans le dos. Ou en portage ventral, plus tard, avec mes enfants suivants – mais j’avoue que le portage sur le dos est encore plus pratique ! Les bébés portés sont des bébés plus calmes, qui pleurent moins (rappelez-vous l’exemple des bébés Yekwanas) car serrés contre leur mère, bercés par ses mouvements.

Les massages du nouveau-né font également partie des pratiques du maternage proximal. Il est évident que les massages détendent les bébés – comme ils nous détendent. Et les neurosciences confirment l’importance du toucher dans le développement de sécrétions de molécules du bien-être.

La diversification menée par l’enfant (DME) est également pratiquée dans le cadre de ce maternage. Je ne vous la développerai pas ici, car je n’ai pas “réellement” suivi ses règles, mais plutôt certains principes. Mes enfants ont été allaités et j’ai choisi de leur proposer autre chose que du lait lorsqu’ils en ont manifesté l’envie. Observez-les, vous les verrez regarder avec envie votre assiette, vouloir tremper les doigts dans la salade de fruits, attraper la pêche bien juteuse, la framboise appétissante… Par contre, oui, je les ai aussi nourris à la cuillère, ils n’ont pas tout de suite tout mangé en morceaux. Parce que je le sentais comme ça…Adoptez le maternage qui vous convient. N’essayez pas de rentrer dans toutes les cases d’une pratique, parce qu’elle est à la mode, parce que vous pensez que sans cela, vous ne serez pas une bonne mère.

De même, le langage des signes pour bébé est proposé par des parents. Pour mes ainés, nés entre 1995 et le tout début des années 2000, ce n’était pas une pratique connue – pas autant que 15 ans plus tard, pour ma dernière. Et je l’avoue, je n’ai pas pris le temps de l’utiliser réellement. A part quelques signes comme “boire”, “manger”, “encore”, “chaud”,… Parce que ma fille se faisait bien comprendre, qu’elle a parlé très vite, et…que je n’ai pas pris le temps. Sûrement aussi parce que je n’avais pas envie de m’ajouter une contrainte, parce que je n’avais pas envie que mon maternage devienne “trop”.

Maternage proximal…ou écoute de notre instinct de mère ?

Le maternage, une autre manière de suivre notre instinct

Ce maternage ne se rapproche-t-il pas tout simplement…de l’écoute de notre instinct ? Notre instinct maternel, celui qui, si on le laisse nous guider, nous rapproche tout simplement de notre continuum ? Le maternage proximal me semble tout simplement le plus proche des besoins des nouveaux-nés, celui que l’on pratique si l’on écoute son instinct maternel. Celui que l’on ne suit malheureusement pas suffisamment par crainte du regard des autres, de leur jugement, des normes sociétales.

Suivre notre instinct, tout en laissant une place au père…C’est un reproche fréquent au “maternage proximal”. Certains diront que le père peut néanmoins participer au portage, que le père “cododote”… Ne nous leurrons pas, le père peut se sentir exclu du couple mère-enfant qui se forme dès avant la naissance, et ce d’autant plus que le maternage est proximal. Y compris lorsqu’il partage les valeurs de ce maternage. C’est un travail de chaque jour, un travail évolutif, afin que chacun trouve sa place – une tâche pas toujours évidente, qui peut causer des dommages importants dans le couple. Parce que la naissance d’un enfant et la parentalité font apparaître des différences parfois plus profondes. La communication sera alors primordiale pour éviter les ressentiments et les conséquences néfastes aussi bien sur le couple que sur l’ambiance familiale, donc sur le développement de l’enfant.

Suivre ses valeurs, son instinct, pas une mode…

Le maternage proximal, s’il définit des critères trop stricts (il FAUT allaiter jusqu’à ce que bébé se sèvre, il FAUT dormir avec lui, etc) peut devenir une véritable cause de stress pour la maman qui a l’impression de ne pas être une “bonne” mère maternante. Parce qu’avouons-le, les réseaux sociaux notamment regorgent aujourd’hui de témoignages tous plus parfaits les uns que les autres. J’ai sans doute eu de la chance, car en 1995, lorsque je suis devenue mère, internet en était à ses balbutiements, il n’y avait pas de réseaux sociaux, pas de mamans parfaites instagramables… Ce qui m’a sans doute permis de vivre mon maternage plus sereinement.

Alors s’il vous plait, ne tombez pas dans ces comparaisons. Ne pratiquez pas le maternage proximal comme un ensemble de “règles” pour être la mère la plus maternante et la plus parfaite. Faites ce que vous faites parce que vous le “sentez”. Parce que c’est comme ça que VOUS êtes bien, que votre bébé est apaisé et heureux, parce que votre instinct vous le dit et que vous suivez vos valeurs. Pas celles des autres.

Et vous, comment vivez-vous votre maternage ? N’hésitez pas à partager vos réussites et vos difficultés en commentaires !

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