Il y a environ 22 ans, j’ai découvert “Montessori” lorsque mes aînées ont fréquenté une “preschool Montessori” aux Etats-Unis. Nous venions tout juste de quitter la France pour Washington, avec deux petites filles de 4 ans. J’avais été conquise lors de la visite de la structure, où les enfants évoluaient en toute autonomie. Il aurait été plus facile de les inscrire en “lycée français”. Mais notre expatriation ayant été décidée au dernier moment, il n’y avait plus aucune place en maternelle francophone. Le hasard fait parfois bien les choses ! Avec du recul, cette expérience s’est avérée la meilleure en termes scolaires et m’a ouverte à de formidables horizons.

En 1999, “Montessori” était connue en France, mais réellement à la marge. Pas ou très peu de “marketing” autour de cette pédagogie. En 2021, avec environ 300 écoles estampillées Montessori (reconnues ou non par l’Association Montessori France), la France se situe loin derrière des pays comme les Etats-Unis, l’Allemagne ou les Pays Bas. Mais le dénominatif “Montessori” se développe dans les magasins de jouets et dans la littérature. Ou encore sur internet, où Pinterest notamment présente des centaines d’activités soit-disant Montessori.

Parce que ne l’oublions jamais, tout ce qui fait vendre est repris par le marketing. Comment faire le tri ? Comment ne pas être influencé par toutes ces publicités d’activités qui vont soit disant démultiplier le développement de votre enfant? En s’intéressant de plus près à cette pédagogue italienne et à ce qu’elle cherchait à transmettre.

1-Qui est Maria Montessori ?

Maria Montessori fut la première femme médecin en Italie, diplômée en 1897. Amenée à travailler avec des enfants déficients intellectuellement, elle crée pour eux la première “Maison des enfants” en 1907. Avant de transposer sa manière de faire pour tous les enfants.

Maria Montessori se base sur l’observation permanente des enfants. Elle multiplie les expériences, ses observations l’amenant à adapter l’environnement et à élaborer du matériel spécifique. Elle créé ainsi progressivement les bases d’une nouvelle pédagogie.

2-Montessori, une nouvelle méthode ?

Non, “Montessori” ne constitue pas une méthode. Parce qu’une méthode, c’est un ensemble de tâches à réaliser, dans un ordre précis, pour aboutir à un résultat. C’est ainsi que l’on parlera d’une “méthode” de lecture : comment apprendre à lire, et non pourquoi apprendre à lire. C’est un ensemble de directives pour parvenir à des objectifs connus et évidents (savoir lire par exemple).

Un modèle pédagogique se présente, à l’inverse, comme une suite de raisonnements de type “pour obtenir tel résultat avec telle personne, il faut agir de la sorte“. C’est un système que l’on adapte à chacun.

Il n’y a pas de “méthode Montessori”, pas de listes de choses à faire pour amener tout enfant quelque part. Au contraire, s’intéresser à Maria Montessori et à sa manière de faire implique avant tout d’observer son enfant. De croire en lui. Car Maria Montessori était une véritable optimiste, à l’origine d’une pédagogie centrée sur la volonté naturelle des enfants. Sur leur besoin de comprendre le monde en expérimentant.

Proposer à un enfant un certain type de matériel (comme par exemple la si fameuse “tour rose”) alors qu’il n’est pas dans sa période sensible de constructions n’apportera rien. Votre enfant s’en désintéressera totalement. Certains types de matériels, même labellisés Montessori, ne conviendront pas à votre enfant. Ainsi, mademoiselle 4 ans n’a jamais accroché avec l’alphabet mobile, quel qu’il soit (majuscule, script, cursives). Elle s’est à l’inverse mise spontanément au décodage en quelques semaines avec un matériel non estampillé Montessori. Mais qui lui correspondait, à savoir les fameux Alphas.

3-Le matériel sans la pédagogie ne sert à rien, aussi beau soit-il !

Pourquoi mademoiselle 4 ans a un jour accroché avec ces Alphas ? Parce que j’avais observé qu’elle cherchait à décoder, intéressée par les panneaux dans les rues, par mes livres de cuisine. Et qu’elle adorait s’inventer des histoires avec des personnages. Je lui ai ainsi proposé un jour ces petites figurines ressemblant à des lettres. Que Maria Montessori n’aurait peut-être pas utilisé. Un matériel en plastique, matière non noble par excellence, que je n’avais pas du tout envie d’utiliser. Mais qui visiblement s’adaptait pleinement à ma fille, à cet instant précis de son évolution. Un matériel auquel elle était sensible.

Et même s’il n’est pas “estampillé Montessori”, il est probable que la pédagogue italienne l’ait accepté dans son matériel si elle l’avait trouvé adapté à ses élèves… Maria Montessori a en effet dit à la fin de sa vie “ne vous arrêtez pas à ce que j’ai fait, continuez!“. Après tout, son message n’était-il pas d’observer et de s’adapter?

J’ai de même rencontré un jour une maman, ravie que son enfant se soit occupé pendant une longue période avec des emboîtements cylindriques, sans lui demander sa participation. Elle souhaitait commander du “matériel Montessori”, pour le proposer à son enfant au milieu du reste de ses jouets. J’ai eu du mal à lui expliquer que le seul matériel, dans un environnement inchangé, et sans observation attentive de son enfant, ne résoudrait en rien les difficultés de son enfant à se concentrer sur une tâche…

C’est malheureusement le contre-effet de la “mode Montessori”, qui voit fleurir ici et là mille boîtes d’activités estampillées Montessori, 1000 livres destinés à “Montessori chez soi” et des posts instagram ou pinterest avec de magnifique visuels, tous plus séduisants les uns que les autres… Difficile de faire le tri, si l’on ne s’est pas un tant soit peu intéressé à Maria Montessori… Mon conseil ? Informez-vous réellement sur cette formidable pédagogue. Lisez “L’Enfant” ou “L’esprit absorbant”. Et vous comprendrez tout ce que la pédagogie proposée par cette femme peut apporter aux enfants, aujourd’hui comme il y a un siècle. La clé ? Observez votre enfant, adaptez son environnement et votre attitude.

4-L’environnement et le positionnement, variables clés chez Montessori

La pédagogie Montessori, profondément optimiste, se base également sur l’adaptation de l’environnement à l’enfant, selon ses évolutions, ses “périodes sensibles”, ses propres difficultés. La posture de l’éducateur ou du parent est celle de l’observateur dans un environnement préparé, un environnement épuré. Qui permet d’isoler chaque difficulté, chaque concept (formes, couleurs, dimensions). L’enfant est une graine, qu’il faut arroser, enrichir, mais qui ne poussera que si son environnement lui convient. Plantez un oranger en extérieur à 1.000 mètres d’altitude dans le Cantal, il ne se développera pas, parce que son environnement n’est pas adapté.

Contrairement à ce que l’on voit souvent, sur les réseaux ou dans les magasins, chaque activité ne doit s’intéresser qu’à une seule compétence : les plateaux de transvasement proposent une seule matière, une seule couleur à transvaser ; les activités de tri offrent un tri de formes ou de couleurs, jamais les deux mêlés.

Le positionnement du parent (de l’éducateur) est également primordial. Si vous observez votre enfant, minutieusement, vous vous apercevrez que bien souvent, ce qui bloque votre enfant dans sa progression, c’est votre regard. L’opinion que vous avez sur lui, VOS craintes. L’opinion que vous vous faites de SES capacités. Exemple : mademoiselle 4 ans fait du ski. Combien de fois n’ai-je pas été (fortement) tentée de lui dire “attention, si tu vas trop vite sur la bosse, tu vas tomber”. Ce qui provoque inévitablement un stress de son côté et a pour résultat…de la faire tomber ! Alors que sans mon intervention, elle se serait juste laissée aller, se serait adaptée et aurait passé sans faute sa bosse… Soyons soutenant et optimiste – à tout âge d’ailleurs !

Essayons également de faire abstraction de l’éducation que nous avons reçue, à la maison comme à l’école, qui nous a donné un cadre rigide de progression, non adaptée aux spécificités et appétences de chacun. Une éducation déconnectée le plus souvent de l’individu, menant à bien des échecs – non, un poisson ne sera jamais capable de grimper à un arbre !

5-Montessori, une pédagogie élitiste?

Oui, les écoles Montessori coûtent cher aux parents. C’est indéniable : entre 500 et 1000 euros par mois, pour la plupart. Non par volonté des fondateurs ou directeurs d”écoles, mais tout simplement parce qu’elles ne sont pas aidées par l’Etat, au contraire des écoles sous contrat. Ce sont donc principalement les parents qui paient les salaires – ce qui, entre parenthèses, vous permet de vous rendre compte du coût réel de la scolarité de vos enfants ! A moins qu’une réelle volonté politique animent les élus locaux – j’ai ainsi connu une municipalité rurale qui, pour garder son école, et parce qu’elle en avait les moyens, avait choisi de fortement subventionner l’association en charge de l’école alternative locale. Mais la volonté politique nationale et la réglementation en cours est bien loin de vouloir favoriser ce type de structure…

Alors oui, il est compliqué, voire impossible pour une famille d’inscrire son enfant en école Montessori. Et c’est bien dommage, au vu des nombreux bénéfices apportés : développement de l’autonomie, de l’estime de soi, adaptation de chaque activité à chaque enfant, qui va réellement vers ce qui l’intéresse selon ses “périodes sensibles”. Une pédagogie qui permet à chaque enfant d’avancer à son propre rythme, de lire à 4 ans s’il en a envie, de faire des divisions avant 6 ans.

Une alternative ? Proposer ces mêmes activités chez vous, si vous en avez le temps et l’énergie, en co-schooling (https://maman-naturellement.com/wp-admin/post.php?post=28900&action=edit). Rechercher, dans votre région, des ateliers Montessori ou vous inscrire à des ateliers en ligne qui vous permettront de développer vos compétences et /ou de proposer à vos enfants une autre pédagogie, ne serait-ce que quelques heures chaque semaine. Pour un bénéfice indéniable.

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Catégories : EducationMontessori

2 commentaires

Gaelle · 10 avril 2021 à 08:00

Merci pour cet article que je trouve très pertinent. Il est en effet très.important de prendre en compte le rythme et les besoins de l’enfant. Sans compter l’envie. Car sans celle-ci, pas d apprentissage ou difficilement. Ce que vous mettez en évidence dans l’article.est donc essentiel.
Je suis rééducatrice de l’écriture et avant de commencer un travail, je m’assure que l’enfant est prêt à s’engager pleinement dans la rééducation, sinon il y a très peu de chance d’obtenir de bons résultats.
Gaelle
http://www.ecriture-dysgraphie.com

    Christel Grataloup Fargeas · 10 avril 2021 à 08:59

    Bonjour Gaëlle ! Oui, l’envie est bien trop souvent laissée de côté … l’envie, l’enthousiasme sont fondamentaux pour les apprentissages .
    Christel

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