Si vous vous intéressez aux pédagogies alternatives, vous avez sans nulle doute entendu parler de Forest school ou d’ École en nature / en plein air. Elles semblent susciter un intérêt croissant en France. Mais qu’apportent-elles à nos enfants et que proposent-elles ?

La naissance des Forest Schools ou Ecoles en nature

La première Forest School a été créée en 1927 dans le Wisconsin, aux Etats-Unis : l’école Laona. Cette école avait alors pour but de faire participer les enfants à la préservation de la nature dans leur environnement local, menacé.

La pédagogie des écoles en nature est partiellement issue de la pédagogie Steiner-Waldorf, où l’apprentissage est fondamentalement guidé par l’enfant et par le jeu. Une pédagogie dans laquelle les adultes sont des facilitateurs, et non des professeurs. Où le contact avec la nature est primordial dès le plus jeune âge. Dans laquelle l’enfant se construit à son rythme, selon ses besoins. Mais dans un cadre, nécessaire à sa sécurisation.

Les Forest Schools se sont par la suite développées dans les pays scandinaves ainsi qu’en Allemagne, dans les années 50. Leur implantation a ensuite progressé notamment au Royaume Uni, en Allemagne, en Scandinavie, au Canada et aux Etats-Unis. En 2020, il y avait environ 3000 Forest schools en Europe, dont 2000 en Allemagne et 700 au Danemark. En France, la pédagogie par la nature commence doucement à émerger : la première école a été créée en 2018. On y recense actuellement une trentaine d’écoles de ce type.

Les fondements de la pédagogie par la nature

Cette pédagogie se base sur l’outdoor education. Elle parie sur l’apport d’un contact régulier avec l’environnement naturel, sur son impact sur le développement global et l’apprentissage des enfants. L’outdoor education a pour objectif de reconnecter les enfants avec la nature par le biais d’une immersion.  Elle est basée, comme la pédagogie Montessori ou encore Steiner-Waldorf, sur l’importance de l’expérimentation, par tous les sens, dans l’apprentissage des enfants et dans leur développement.

Ce type d’école devrait permettre de répondre trouble du déficit de nature, introduit en 2005 par Richard Louv dans son livre “Last Child in the Wood” et développé en France dans un rapport publié en juin 2013 par le Réseau Ecole et Nature sur le syndrome du manque de nature. Selon ce dernier, apprendre dans un environnement naturel aurait des effets bénéfiques sur notre santé, aussi bien physique que mentale. Hyperactivité, déficit de l’attention, surpoids, myopie, asthme mais également dépression, passivité face à la vie, retard de développement chez l’enfant…seraient autant de maux que le contact fréquent avec la nature pourrait largement diminuer.

Ecole hors murs
Sortons la classe !

Pour reconnecter nos enfants avec leur environnement naturel, sortons des salles de classe ! Rendons également les espaces naturels plus accessibles. A une époque où la plupart des gens vivent en ville, on ne peut exclure les citadins de cette reconnexion. Pour que les petits citadins puissent également profiter de cette pédagogie, de contacts même moins fréquents mais réguliers avec la nature, il est indispensable d’aménager les villes pour tenter d’y inclure des espaces naturels.

Le choix des écoles en pleine nature suppose aussi de revoir nos habitudes et nos choix de société, notamment en termes de centralisation de l’activité économique, d’urbanisation à outrance, de mécanisation et de digitalisation, à l’âge du « tout numérique ». Nos habitudes de parentalité aussi : ces dernières décennies ont vu une quête infernale de sécurisation. Les parents ont peur que leur enfant se salisse, tombe dans l’eau, ait les mains sales et pleines de « microbes ».

Les bénéfices attendus des Écoles en nature

Une sollicitation de tous les sens

Dans la nature, les 5 sens sont sollicités, bien plus facilement qu’entre les murs d’une classe “classique”. L’élève écoute, il sent, touche, goûte, regarde. L’enfant est libre de creuser la terre, de grimper aux arbres, de sauter dans les flaques. Il peut jouer avec la boue, fabriquer des cabanes, repérer la faune et la flore présentes localement.

Certains parents argueront de l’impossibilité de mettre en place une telle pédagogie dans certains climats trop froids ou trop pluviaux, à certaines saisons. Pourtant, les écoles sont légions en Scandinavie, où les bébés font parfois leur sieste dehors dans la neige. Bien équipés, les enfants peuvent être dehors par tout temps. Comme le dit l’adage populaire, “il n’y a pas de mauvais temps, il n’y a que de mauvais vêtements” :-).

Dehors par tout temps
Dehors par tout temps !

Les Écoles en Nature encouragent par ailleurs le jeu libre, reconnu pour favoriser les apprentissages. Pour ceux qui ont peur de laisser leur enfant en pleine nature, rassurez-vous. Des enseignants et des animateurs (en général 1 pour 5 ou 6 enfants), formés à la pédagogie par la nature, entourent et accompagnent vos enfants.

Les bénéfices sur la “réussite scolaire”

Non, vos enfants ne vont pas « oublier » tout ce qui concerne la lecture, le calcul, la géographie, les sciences. Bien au contraire. Ils vont seulement y être confrontés différemment. Ils sauront en plus reconnaitre faune et flore, construire des cabanes… De nombreuses études ont d’ores et déjà démontré les bénéfices du contact avec la nature sur la réussite scolaire des enfants – pour autant que ce soit un critère. Que signifie en effet « réussite scolaire » ? C’est un autre débat, que j’aborderai dans un autre article, c’est promis !

De nombreux bénéfices “non scolaires”

De nombreux bénéfices non « scolaires » pour nos enfants sont également issus de cette pédagogie des Forest Schools:

  • une diminution du stress : les enfants ont besoin de bouger. Ils bougent, quoi qu’il arrive. Avez-vous déjà remarqué la difficulté pour votre petit élève de 4 ans à rester assis sur une chaise, ne serait-ce que le temps d’une activité? J’ai également en mémoire toute cette période du confinement, où mademoiselle 4 ans faisait “l’école à la maison”. J’ai eu la chance d’avoir de grands enfants à la maison, des adultes, qui se faisaient une joie de l’entourer. Etr un printemps chaud et ensoleillé, en pleine montagne. Mademoiselle 4 ans n’a jamais été aussi détendue, n’a jamais aussi bien dormi que pendant cette période passée dehors à étudier les vols de Milans royaux, la germination des courgettes…
  • un développement exponentiel de leurs compétences motrices, de leur prise de risque et de leur équilibre. Ils apprennent à tester leurs limites, à se reconnecter à leur instinct. Ce qui impacte positivement leur confiance en eux et l’auto-discipline.
  • le respect, de la nature, de l’autre et de soi. Le plus tôt les enfants sont sensibilisés à la nature, à son respect, le plus ils y seront attachés et auront à cœur de la protéger, d’en prendre soin. Parce qu’elle fait partie intégrante de leur environnement, qu’ils auront “absorbé” très jeunes, selon le principe de Maria Montessori. Et qu’il n’y a pas de meilleur « apprentissage » que par l’exemple. Le respect de la nature, c’est aussi le respect de l’autre, et de soi.
  • le développement de leur esprit créatif, présent en toute personne et qui ne demande qu’à éclore. La nature est riche en éléments variés, qui font parler leur imagination comme leur créativité. Avez-vous déjà observé votre enfant se promenant dans les bois, pour autant que vous le laissiez libre ? Les histoires qu’il se raconte, les objets qu’il crée à partir de branches et de pommes de pins ? Les bâtons qui deviennent des épées de chevalier ?
  • la confiance en eux, en leur instinct, la prise de risques à travers l’utilisation, bien évidemment encadrée, d’outils tels que scie, marteau, clous… Vous seriez impressionnés de constater à quel point un enfant de 4 ans peut savoir se servir d’une scie, pour autant que nous, parents, ne lui ayons pas transmis nos peurs… Après tout, nous grandissons en prenant des risques !
Enfant avec scie
Un enfant est tout à fait capable de scier

Le fonctionnement d’une Forest School

Le fonctionnement est très variable. Dans ces structures, on fait classe dans la nature (forêt, bois, jardin, montagne, mer, ferme, plage…) un à plusieurs jours par semaine. Les élèves ont “classe en pleine nature” à temps plein ou à temps partiel.

La régularité est une base aussi importante de cette pédagogie en nature que la liberté.

Une journée type dans une Forest School destinée aux enfants de maternelle au Royaume Uni, encadrée par des animateurs qualifiés, commence par un temps de jeu libre. Les enfants se réunissent ensuite pour une “cercle de parole”, où il est question de nature, autour d’un thème défini pour chaque semaine, pour chaque domaine d’apprentissage. On parle des animaux de la semaine, de l’arbre de la semaine… Chaque jour, les activités incluent notamment des temps d’identification de la faune et de la flore, de constructions, d’allumage du feu, des jeux coopératifs, des parcours sportifs, de l’escalade dans les arbres, la cuisine à la boue. Une tente pop-up ou des hamacs sont également à disposition des plus jeunes qui ont encore besoin de se reposer. Les enfants fréquentent l’école au minimum 2 jours par semaine.

Feu de bois
(Image par Pexels de Pixabay)

Pour des enfants plus âgés, d’âge primaire, dans une Forest School “typique”, aux Etats-Unis, la liberté constitue le fondement de la structure. Une liberté toutefois cadrée, par des horaires fixes, par des animateurs qui veillent et guident si besoin. Chaque jour est différent, en fonction des projets et des besoins de chacun. Une journée type démarre par un “cercle de parole”, suivi d’une période pendant laquelle les élèves travaillent sur les compétences de base. Chacun a la liberté de se déplacer et d’apprendre de la manière la plus appropriée, à l’endroit qui lui correspond le mieux, où il se sent bien. L’échange entre élèves est favorisé, l’entraide constitue une base de la pédagogie, chacun aidant l’autre dans les domaines où ses compétences sont les plus développées. Les élèves ont également tout loisir de prendre des pauses durant ce temps plus “académique”.

C’est à chacun de gérer ses efforts, son temps de travail, pour parvenir à son but. L’après-midi, c’est le moment du projet de groupe. Plusieurs temps, matin comme après-midi, sont dévolus à la découverte de l’art, de la musique, de l’histoire et de tout sujet que les élèves pourraient vouloir aborder. On favorise également le sport, certains élèves préférant même largement apprendre en déambulant ! Quels que soient les âges, la méditation fait également très souvent partie d’une journée type en Forest School.

On pourrait légitimement s’interroger sur le terme de “Forest School” lorsqu’il s’agit plus d’éducation en plein air, avec reproduction des enseignements “classiques” mais dans la nature. Quand l’élève a, comme en école traditionnelle, des objectifs à atteindre, des compétences à développer à un moment donné. Qu’il n’est plus forcément guidé par l’environnement naturel pour apprendre librement. Néanmoins, l’éducation en pleine nature crée en soi une ambiance plus sereine, et la liberté prônée dans la plupart de ces écoles facilite la prise de décisions ainsi que l’autonomie.

En France, on recense une trentaine de structures en 2020. Cette pédagogie y est encore à son balbutiement, mais on voit s’accélérer le développement des écoles d’une part, et surtout d’accueils ponctuels d’enfants, des stages de vacances proposant découverte de la nature et activités artistiques dehors, des jardins d’enfants en forêt ou encore l’intervention d’éducateurs formés à cette pédagogie dans les écoles dites traditionnelles. Plusieurs établissements proposant une pédagogie alternative à plein temps mixent les pédagogies : Montessori dans des environnements “nature”, Montessori et pédagogie “nature”, écoles “démocratiques” et pleine nature, Steiner sur un domaine rural en biodynamie, entre autres.

Deux structures sont notamment présentes, au sein desquelles vous trouverez de nombreuses informations. Ainsi qu’une liste des écoles du dehors en France :

N’hésitez pas à partager cet article afin de faire connaître cette pédagogie, encore peu développée en France. Et vous, seriez-vous prêts à participer à une telle expérience avec vos enfants ? Dites moi en commentaires ce que vous en pensez ! Je vous proposerai très prochainement une rencontre avec une éducatrice en nature. Alors posez toutes vos questions, nous essaierons d’y répondre 🙂

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