L’environnement constitue l’un des piliers de la philosophie de Maria Montessori ou de celle de la pédagogie Steiner-Waldorf. Vous en avez également sans doute déjà entendu parlé si vous avez parcouru livres et sites spécialisés en parentalité consciente, dans laquelle l’adaptation de l’environnement à votre enfant est un outil de tous les jours. Depuis Maria Montessori, les neurosciences ont également montré toute l’importance de cet environnement sur le développement des compétences cérébrales de l’enfant. Mais…c’est quoi au juste, cet environnement préparé ?

De l’importance de l’environnement dans le développement de l’enfant

Prendre en compte l’environnement comme variable primordiale dans le développement de l’enfant revient à avoir une vision de l’enfant comme acteur de sa propre construction. L’environnement doit alors permettre le développement et l’expression de tout le potentiel de l’enfant. C’est ce que l’on appelle l’environnement préparé.

La fonction du milieu n’est pas de former l’enfant mais de lui permettre de se révéler

Maria Montessori

Selon la célèbre pédagogue, l’environnement préparé est « un environnement qui a tout ce qui est nécessaire au développement physique et psychologique de l’enfant ». Il est préparé, pensé et réfléchi. Parce que ne l’oublions jamais, l’enfant « absorbe » tout son environnement dès sa naissance : c’est le fameux “esprit absorbant de l’enfant“. Qui a été depuis lors développé et prouvé par les neurosciences, qui préfèrent le terme de “plasticité cérébrale“. En effet, ce sont les expériences quotidiennes, fréquentes, qui permettent la structuration de l’architecture cérébrale de l’enfant. Il apparaît dès lors évident que l’environnement dans lequel il évolue le plus souvent influe fortement le développement de l’enfant. N’oublions pas que dans son environnement, il y a nous. Notre comportement, nos paroles, notre exemple. D’autres pédagogies alternatives comme Steiner appuient aussi sur l’importance de l’environnement préparé dans le développement de l’enfant.

Si l’environnement est laissé tel quel, non préparé, si nous ne l’adaptons pas, il deviendra sans aucun doute source d’obstacles. Qui conduiront aux fameuses « colères » de nos enfants. Qui gêneront son exploration, son développement. Le frustreront. Et provoqueront sans aucun doute également nos colères de parents…Un environnement adapté, préparé, permettra d’éviter les fameux « non », qui, employés trop fréquemment, amèneront notre enfant à se les approprier très rapidement…et entrer dans la fameuse période des « Terrible 2 ».

Par ailleurs, les neurosciences ont démontré l’importance de la richesse et de l’adaptation de l’environnement aux fameuses “périodes sensibles” de l’enfant. En effet, il existe trois compétences cérébrales:

  • la mémoire de travail (qui permet de stocker les informations,
  • le contrôle inhibiteur (qui permet la concentration),
  • la flexibilité cognitive (qui permet de s’ajuster en cas d’erreur).

Ces compétences, aussi appelées fonctions exécutives, se développeront uniquement si elles peuvent être exercées, lors de chaque période sensible de l’enfant, dans un environnement favorable. Elles seront d’autant plus développées que l’environnement, préparé, permettra de guider l’enfant vers l’autonomie, en fonction de ses besoins.

Cet environnement se doit donc d’être évolutif, afin de s’adapter aux besoins de l’enfant, selon son développement.

Comment préparer notre environnement pour notre enfant

A l’origine, notre environnement, à savoir l’organisation de notre maison, n’est pas « fait » pour un nouveau né, un bambin, un enfant explorateur. Au cours de la grossesse, les parents pensent le plus souvent à l’aménagement de la chambre. A la couleur des murs. L’installation de la table à langer. Mais, par méconnaissance – ce qui est normal, puisqu’ils ne connaissent pas encore réellement ce qu’est un enfant, ils en oublient de l’adapter au principal intéressé : l’enfant !

Il ne s’agit pas d’abandonner l’enfant à lui-même pour faire ce qu’il voudra, mais de lui préparer un milieu où il puisse agir librement »

Maria Montessori, Pédagogie scientifique – La découverte de l’enfant, 1926

1- Lire, se renseigner, apprendre

Au départ, il est indispensable de se renseigner. Lire. Parce que nous ne pouvons observer notre nouveau-né avant même sa naissance 😊. Ce qui nous permettra de penser à un envrionnement réfléchi, préparé pour notre enfant à venir.

Puis, au fil des mois, des années, observer son enfant, dans tous ses stades de développement. Se demander quels aménagements lui permettraient d’être plus autonome et de faire seul. Sans danger exagéré. En accord avec nos valeurs, aussi. Car au-delà d’observer l’enfant, il est indispensable de se connaitre soi-même, pour connaitre nos limites.

2- Des espaces dédiés

La chambre doit être si possible uniquement dédiée au sommeil. Qu’il s’agisse de votre chambre ou de la sienne, si vous n’optez pas pour le cododo ou la chambre partagée – même si je vous suggère vivement d’envisager cette option, au moins dans les premiers mois. Pour votre confort à tous…et votre sommeil ! Si la chambre est également utilisée pour le jeu, essayez de faire une séparation nette entre chaque espace. L’enfant a besoin de sécurité, de routines, et l’ordre favorise sa sécurité intérieure.

Attention, beaucoup de sites ou de boutiques, surfant sur la « mode Montessori », vous proposent notamment le fameux « lit cabane ». Ce lit n’est pas adapté à votre nouveau-né ! Il est pensé pour favoriser la liberté de mouvement d’un enfant qui sait déjà se mouvoir, pour qu’il puisse librement se lever / se coucher. En aucun cas pour un tout jeune bébé qui a besoin de se sentir sécurisé. Le cododo ou le berceau dans un 1er temps seront beaucoup plus adaptés à votre bébé. Oubliez ensuite le lit à barreaux, qui restreint l’enfant et l’enferme. Préférez-lui le simple matelas au sol. Qui vous permettra aussi, si nécessaire, de vous blottir contre lui quand de besoin !

Distinguez les espaces dans la maison : l’espace sommeil, un espace pour les soins, l’espace repas dans la cuisine ou un coin de la pièce à vivre, l’espace jeu dans un autre coin aménagé (ou dans la chambre si ce n’est pas possible ailleurs).

Essayez également d’aménager un coin habillage, avec ses vêtements à portée de main, sur une étagère à sa portée. Une patère dans l’entrée, à sa hauteur, ainsi qu’un petit coin chaussures, lui permettront de s’autonomiser.

Environnement préparé paterre
Un porte manteaux à hauteur d’enfants dans l’entrée réglera bien des “colères”

Dans la pièce à vivre, aménagez-lui un coin lecture, avec ses livres à lui, mais aussi certains livres auxquels vous ne tenez pas particulièrement afin qu’il soit libre de les manipuler.

Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place permettent un environnement bien préparé. Afin qu’il reconnaisse chaque objet, qu’il puisse y accéder lorsqu’il le souhaite, sans notre intervention. De son propre chef, en suivant ses envies, selon ses besoins du moment. Pour l’ordre et l’apprentissage de l’esthétique, qui démarre dès la naissance.

Si possible, aménagez un coin « Nido » dans votre pièce à vivre, celle où votre bébé est le plus souvent. Pour ce faire, accrochez un miroir à sa hauteur sur le mur, le long d’un petit matelas relativement dur (type tapis de gym, la marque suédoise bien connue en propose acceptés par les PMI, ce qui est un bon indicateur) sur lequel vous pourrez le laisser observer son environnement, puis le découvrir lorsqu’il commencera à se déplacer. Attention à la solidité du miroir et à son accrochage, qui doit être résistant. Vous pourrez ensuite fixer une barre d’appui (une simple tringle à rideaux bien fixée) au mur pour l’aider à accéder à la station debout. Puis transformer ce “Nido” en « coin activités » lorsque la marche sera acquise. Une table basse, chaise, étagère avec plusieurs activités, dont les fameux plateaux que je vous présente dans un autre article.

Nido
Le Nido

3- Une décoration simple et des tons pastels

Les peintures dans la chambre ? Faites les si possible claires, pastel, dans des tons assez neutres, pour ne pas que les distractions soient trop nombreuses, notamment pour ne pas troubler son endormissement.

Idem dans les pièces où l’enfant passe le plus clair de son temps. Peu de cadres, peu de choses qui pourraient le déconcentrer. Observez le calme qui peut régner dans des salles de classes lorsque les murs sont relativement épurés…

Ce qui n’empêche en aucun cas de préparer un environnement chaleureux, esthétique.

4- Une maison à hauteur d’enfants

Amusez-vous à faire le tour de votre maison à hauteur d’enfant. Vous sentez-vous autonome ? Comment ressentiriez-vous le fait de ne rien pouvoir ouvrir, ne rien pouvoir attraper ? Faites ce tour assez régulièrement au cours de son développement, afin d’adapter chaque espace au fil de temps. Permettez-lui d’être suffisamment autonome pour ne pas être frustré et s’énerver – ce qui aura pour conséquence de vous énerver, vous aussi !

Dans la cuisine, pensez à lui préparer, dès que vous le sentirez prêt, une table et une chaise à sa hauteur, afin qu’il puisse y réaliser ses petites préparations. Vous pouvez également dédier à tous les activités type peinture et autres activités plus…salissantes pour votre beau parquet 🙂

Rares sont toutefois les parents qui pourront ré-aménager leur maison pour que tout soit à portée d’enfant, notamment les WC ou les robinets. Pensez donc au marchepied dans la cuisine et la salle de bain, afin qu’il puisse atteindre le robinet sans aide. Dans les WC, pour qu’il puisse s’y rendre seul. Equipez la salle de bain de matériel à sa portée, notamment les serviettes pour s’essuyer les mains. De même dans la cuisine, disposez une éponge et une cuvette d’eau à portée, afin qu’il puisse s’entrainer. Il faudra apprendre à lâcher-prise devant le sol un peu mouillé 😊. Encore une fois, soyez conscient de vos limites : si vous ne parvenez pas à supporter un sol mouillé, ne lui laissez pas d’eau à sa portée.

Environnement prepare toilettes
Facilitez son autonomie

5 – Adaptez l’environnement à ses besoins … et à vos besoins

L’enfant qui commence à se déplacer va partout. Il ouvre tous les placards, déménage tout ce qui est à sa portée. Pensez à fermer à clé (ou toute autre fermeture résistante aux enfants, méfiez-vous, ils sont ingénieux !) les placards dont vous ne souhaitez pas permettre l’accès.

Bien évidemment, n’oubliez pas sa sécurité, ou encore l’hygiène. Pensez à mettre hors de portée tout ce qui pourrait le blesser, installez des cache-prises, protégez les angles saillants, mettez en hauteur les produits toxiques -des gestes de bon sens. Concernant les escaliers, plusieurs visions coexistent. Certains les protègent, d’autres les laissent en accès libre, supposant que l’enfant y fera son apprentissage, accompagné par l’adulte. Je connais certains parents (et j’en fais partie) qui ont monté l’escalier à 4 pattes et l’on descendu sur les fesses un certain nombre de fois…. Pour autant que nous ne lui transmettions pas notre inquiétude avec le fameux auto-réalisateur « attention, tu vas tomber » 😊

Pensez à laisser des objets du quotidien à sa disposition. J’avais, lorsque Mademoiselle 4 ans a commencé à se déplacer vers 7-8 mois, réaménagé mes placards de cuisine afin qu’elle trouve à son niveau de « vrais » ustensiles de cuisine. Mes moules en inox, casseroles légères, boîtes avec couvercles, se trouvaient sur une étagère à sa portée. Y compris certains objets en verre ou en porcelaine, afin qu’elle découvre la notion de fragilité. Elle en a passé du temps à cuisiner avec moi !

6- Un coin jeux – activités riche, évolutif, organisé …et beau

Disposez le matériel (jouets, ustensiles, instruments de musique adaptés, tissus…) sur des étagères, adaptées à sa taille. Lorsqu’il en aura besoin, prévoyez une petite table et une petite chaise pour ses activités mais également, si vous le pouvez, dans la cuisine, afin qu’il s’y installe quand de besoin.

Dans ses jouets, organisez une rotation. Obervez, encore une fois. Classez-les par type, dans des paniers accessibles, en fixant une étiquette représentant les jouets concernés .

Jouets environnement préparé

Pour ses jouets comme pour les plateaux d’activités, préférez des matériaux nobles et naturels, comme le bois, le coton, la laine, le métal, le verre, autant que possible – attention, ne rentrez pas dans une doctrine du tout ou rien. Maria Montessori a vécu à une époque où on trouvait peu d’objets en plastique – elle aurait peut-être intégré certains nouveaux matériaux à ses ambiances.  Et n’oubliez pas que chacun fait aussi selon ses propres moyens et ses envies, aussi !

Ne surchargez pas l’espace d’objets. Changez les régulièrement, notamment les objets de préhension ou les mobiles du 1er âge, selon les intérêts de votre enfant. Un environnement relativement épuré permettra à l’enfant de se l’approprier plus facilement, de s’y repérer et de s’y mouvoir. Un ambiance calme et sobre aidera votre enfant à se concentrer et à apprendre.

Observez votre enfant lorsqu’il grandit. Soyez à l’affût de ses périodes sensibles, notamment celle de l’ordre. Notez ses intérêts du moment pour lui proposer un environnement suffisamment riche.

Et surtout, dites-vous bien qu’il est normal de tâtonner. Que l’environnement est évolutif et nécessite pour ce faire un grand sens de l’observation chez vous. Et que dans cet environnement, il y a vous, ses parents. Votre position à son égard, votre voix, vos attitudes sont aussi déterminants que l’environnement matériel. Mais rassurez-vous, il est normal de se tromper. Lâchez prise, faites-vous confiance, à vous aussi !

N’hésitez pas à me poser des questions dans les commentaires si vous souhaitez en savoir plus. Seriez-vous intéressés par un programme plus détaillé de préparation de l’environnement selon la philosophie de Maria Montessori ?

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