Combien de fois avez-vous, en tant que parent, énoncé ces 4 mots machinalement, comme un automatisme ? “Mais non, c’est pas grave“? Même en sachant qu’il vaudrait mieux les éviter. Vous croyez consoler votre enfant… Savez-vous qu’en réalité, ces mots nient les émotions de votre enfant ? Sans vous en rendre compte, en croyant bien faire… Découvrez ci-dessous pourquoi vous devriez à tout prix éviter cette phrase si commune en parentalité.

Ce que provoque l’expression “c’est pas grave”

D’abord, on dit “ce N’EST pas grave” :-).

Parlons sérieusement. Vous cherchez à consoler votre petit bonhomme qui vient de s’écorcher le genou? Mademoiselle 4 ans qui a renversé tout son lait sur la table juste avant de partir pour l’école ? Cette expression toute faite n’aide pas du tout à aller mieux…Elle exprime plutôt un mépris pour les émotions ressenties, pour celle des autres – notamment de vos enfants – comme pour les vôtres. Lorsque vous vous dites « je ne me sens pas bien mais… c’est pas grave ». Si, c’est grave :

  • Pour vous, parce que si vous ne vous sentez pas bien, vous n’êtes pas bien, pas bien avec vos enfants non plus, et c’est important de reconnaître cette émotion. De la verbaliser, aussi, pour qu’ils comprennent pourquoi vous vous agacez plus vite que d’habitude ;
  • Pour Monsieur 3 ans, qui vient de casser un verre en vous aidant à mettre la table. Vous voulez le rassurer, en lui disant « ce n’est pas grave ». Mais pour lui, ça l’est. Grave. Parce qu’il se sentait responsable, vous lui aviez confié ce verre, et il l’a cassé. Vous niez son ressenti. Vous niez un peu de sa personne, aussi.

Alors accueillez ses émotions, accueillez les vôtres. Ne les reniez pas en disant « c’est pas grave ». Evitez de mépriser ni vos émotions, ni les siennes. Ne minimisez pas son ressenti- ni le vôtre. Un ressenti légitime, une émotion légitime. On ne peut pas enfouir ses émotions indéfiniment.

Les neurosciences ont confirmé cette nécessité d’exprimer ses émotions. Lorsque l’on est adulte, exprimer ses émotions par des mots permet à l’émotion ressentie de diminuer – en calmant l’amygdale. Le jeune enfant est incapable de comprendre ce qui se passe en lui. Il ne peut donc mettre des mots sur ses émotions, seul. Son parent ou son éducateur peut l’aider, en lui posant des questions, à prendre conscience de ce qui se passe en lui. En grandissant, l’enfant apprendra à exprimer ses ressentis. son “régulateur émotionnel” sera alors efficient. Le cerveau des enfants est immature : ils peuvent être complètement débordés par une tempête émotionnelle et ont besoin d’aide. Un jeune enfant est incapable de maîtriser seul sa peur. Par ailleurs, Michael Meaney a montré que le maternage, le fait de consoler son enfant, de prendre en considération ses émotions, active son système parasympathique. Régulant ainsi ses fonctions vitales. Soutenir votre enfant de façon empathique et bienveillante aura également pour conséquence une diminution du stress et de la sécrétion de cortisol, qui peut altérer certaines zones cérébrales du jeune enfant.

L’expression « c’est pas grave », si fréquemment entendue par nos enfants, envoie le message que les émotions ne sont pas recevables. Qu’elles doivent être réprimées. Qu’il ne faut pas « les dire ». Elle peut même aller jusqu’à dégrader l’estime de soi, puisqu’elle traduit le fait qu’une partie de nous ne devrait pas s’exprimer. Elle appelle nos enfants (comme nous-mêmes lorsqu’on nous la dit, lorsque nous nous la disons) à se déconnecter de leur soi.

Réprimer ses émotions n’est bon ni physiquement, ni mentalement. La répression émotionnelle a 3 principaux effets, d’après Sylvie Grivel :

  • L’effet boomerang : l’enfant conserve son émotion (non verbalisée mais bien présente) qui lui revient en provoquant des tensions, des tempêtes émotionnelles ;
  • L’effet ricochet : lorsque l’enfant n’exprime pas une émotion à une tierce personne, il l’exprimera à une autre. L’exemple typique, celui de l’enfant qui rentre à la maison et « jette » sa colère retenue toute la journée à sa figure d’attachement principale. Ou du conjoint, qui se « lâche » à la maison après une journée difficile au bureau ;
  • L’effet bulle : conserver ses émotions non exprimées pendant des heures, des jours voire des années les amène à prendre trop de place et à s’exprimer de manière disproportionnée le jour où elles s’exprimeront.

Comment aider votre enfant à exprimer ses émotions

Pour aider votre enfant à exprimer ses émotions, il est nécessaire de faire preuve d’empathie. D’écouter votre enfant (et de vous écouter vous-même aussi, d’écouter vos émotions comme celles de vos enfants).

Décrivez ce que vous voyez. « Oh tu es tombé; ça te fait mal ?  Et si nous mettions un pansement ».

Ecoutez-le, avec empathie. Ne le jugez pas. Aidez-le à verbaliser, en lui posant des questions sur ses ressentis. Sans l’interrompre.

Accueillez ses sentiments.

Ne minimisez pas ses émotions, même si elles vous paraissent insignifiantes. Ne lui donnez pas de conseils comme “je te l’avais bien dit”, “la prochaine fois tu feras attention“, etc. L’enfant tirera seul les conséquences de son acte. Il évitera, sans vos conseils, de revivre la même scène.

Une autre méthode, présentée notamment par Isabelle Filliozat dans son Cahier de travaux pratiques pour apprendre à gérer ses émotions, consiste à :

  • Vous mettre en condition : éliminer tout jugement de votre esprit, puis regarder votre enfant (ou toute personne que vous souhaitez aider) pour vous connecter à elle, via les neurones miroirs.
  • Penser vivement « mon enfant a besoin de mon aide »
  • Mettez-vous au même niveau que votre enfant, en vous mettant à sa hauteur et en le regardant pour vous « connecter » à lui, en adoptant une attitude bienveillante.
  • Visualisez la scène suivante : imaginez que vous tenez une vasque dans laquelle votre enfant va déverser ses émotions, ses larmes, sa colère, des mots de haine, de tristesse, de désespoir. Cette vasque est en dehors de vous ;
  • Démarrez la discussion avec empathie « je vois que tu as l’air en colère, « j’ai l’impression que tu es triste… »
  • Si votre enfant se ferme, n’insistez pas et rassurez-le plutôt. « Tu ne sais pas comment me répondre, c’est difficile d’en parler »,…Dites ce que vous, vous ressentez « J’aimerais pouvoir t’aider . Veux-tu m’en parler ? Me dire ce qui se passe en toi ? ». Puis taisez-vous.
  • L’enfant va parler, écoutez-le attentivement et encouragez-le, avec des « phrases-reflets ». Ainsi, s’il dit « je déteste ma sœur” dites lui « tu es en colère contre ta soeur ». Marquez votre attention par des gestes physiques, comme des hochements de tête. Evitez les « pourquoi », les jugements, tout ce qui bloque le dialogue. Guidez votre enfant afin qu’il verbalise le besoin caché derrière ses émotions du moment.

Aidez votre enfant à exprimer et accueillir ses émotions. Soyez simplement là avec votre regard bienveillant, sans forcément trouver une solution. Le pleur est déjà, pour votre enfant, un début de solution. Car il décharge son émotion, en pleurant. Les pleurs sont utiles, ils sont bienfaiteurs. Ne vous êtes-vous jamais senti.e mieux, après une dispute avec votre conjoint, seulement après avoir pleuré au calme ? Les larmes soulagent la tristesse, la colère, la honte…tout le monde l’a déjà ressenti, non ? Une bonne colère contre votre tendre et cher n’est-elle pas allégée par les mots pas toujours très classes, les noms d’oiseaux prononcés seule dans votre coin contre lui / elle ?

L’émotion est évacuée par les pleurs, laissez donc votre enfant pleurer. Aidez-le même à pleurer ! Trop souvent il entend ces phrases à l’école. Laissez-le évacuer. Laissez-le se décharger. N’ignorez pas les souffrances, qu’elles soient affectives ou physiques. Et puis, servez d’exemple ! Si vous n’acceptez pas vos émotions, si vous ne les verbalisez pas, ne les évacuez pas, comment voulez-vous que votre enfant le fasse….

Et chez vous, c’est pas grave ? J’attends vos expériences en commentaires!

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Catégories : Education

2 commentaires

Sandy C. · 8 avril 2021 à 11:49

Super article. Juste ce qu’il faut d’ études scientifiques et surtout beaucoup de concret à
appliquer lors de situations difficiles à la maison.
Merci pour ce partage, il sera fort utile chez moi.

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