Les femmes qui choisissent d’allaiter s’attendent à plus de bénéfices que de désagréments. L’allaitement, souvent choisi dans le cadre d’un maternage proximal, est censé représenter une expérience positive et gratifiante. Et pourtant, parfois, même lorsque ce choix a été soit mûrement réfléchi dans le cadre d’un maternage proximal voulu, ou s’est imposé sans l’ombre d’un doute, la réalité amène à déchanter. Bien sûr, toute mère a entendu parler des éventuels désagréments, notamment des premiers jours : contractions utérines, douleurs au mamelon, seins engorgés… Mais peu ont entendu parler de l’ “Aversion pendant l’allaitement“. En conséquence, c’est un sujet encore très (trop) tabou. Et pourtant, certaines mères rencontrent ce problème très particulier : une aversion pendant l’allaitement.

Comment se manifeste l’aversion pendant l’allaitement

L’aversion pendant l’allaitement, encore appelée “Aversion et Agitement pendant l’Allaitement” (AAA), dérivé de l’anglais “Breastfeeding Aversion and Agitation” (ou encore Nursing Aversion), est un sujet peu connu. Que je n’ai découvert que par le biais de témoignages. Il est encore différent du réflexe d’éjection dysphorique (RED), déclenché par la montée de lait, au cours duquel les émotions négatives sont dirigées uniquement vers la mère elle-même et passent rapidement.

Comme le RED, ce phénomène se signale par des sentiments négatifs intenses pendant les tétées. Concernant l’aversion pendant l’allaitement, la mère se sent agressée par le contact physique avec son enfant. Elle souhaite le repousser, pour faire cesser ce contact physique.

Il peut apparaître dès la première mise au sein, comme plus tard dans l’allaitement, le démarrage s’étant bien déroulé. Il varie d’une femme à l’autre, l’aversion pouvant avoir une durée et une intensité différentes. Certaines femmes ressentent l’aversion une seule fois, tandis que d’autres la vivent constamment, à chaque tétée. Pour les femmes en souffrant, c’est un stress majeur. Les tétées, qui avaient jusqu’alors représenté des moments de bien-être, de bonheur intense, se transforment alors en véritables moments de frustration, de colère et de ressentiment. Elles deviennent émotionnellement insupportables. La mère n’a qu’une envie : repousser son nouveau-né (ou, dans le cas d’allaitement tardif ou de co-allaitement, son bambin). Lorsque cela intervient alors que l’allaitement s’était jusque là bien passé, la mère peut être extrêmement surprise.

Les femmes concernées semblent :

  • éprouver des sentiments de malaise,
  • ressentir de l’irritabilité pendant les tétées,
  • avoir la chair de poule, les orteils qui se recroquevillent,
  • éprouver un désir vif d’arracher l’enfant du sein, un véritable sentiment de rage…

La sévérité de ces manifestations semble également variable.

Ce vécu induit chez la plupart des mères de la culpabilité et de la honte. La femme se sent mauvaise, ne comprenant pas pourquoi elle rejette ainsi son enfant. Personne n’abordant ce sujet, il apparaît comme absolument anormal à la jeune mère d’éprouver un tel sentiment. L’allaitement ne devrait-il pas être source de bonheur ? On peut alors facilement se sentir une « mauvaise mère », qui ne devrait en aucun cas ressentir cette émotion. Personne ne vous a préparée à cela.

Les causes de l’aversion pour l’allaitement

Il existe actuellement encore très peu de peu de données sur ce sentiment dans la littérature médicale. L’aversion pour l’allaitement semblerait toucher toutes les femmes, pas spécifiquement celles qui n’avaient pas un fort désir d’allaitement pendant leur grossesse, ni uniquement celles qui co-allaitent ou allaitent tardivement.

Les témoignages recueillis dans la littérature, ou sur internet, sur ce sujet, montrent que cette aversion apparaît :

  • lorsque la mère est fatiguée physiquement ou émotionnellement,
  • lorsque l’allaitement est douloureux,
  • quand il existe des carences en minéraux ou vitamines (magnésium, fer, vitamines…),
  • lorsque la tétée fait ressurgir un passé enfoui, notamment des sévices sexuels subis pendant l’enfance, dont les tétées ravivent le souvenir,
  • lorsqu’elles étaient à nouveau enceintes, ou lorsqu’elles mettaient au sein en même temps 2 enfants d’âges différents,
  • à une situation de couple compliquée (souvent due à des besoins sexuels différents entre le papa et la maman à cette période de la vie),
  • à certains moments du cycle uniquement : pendant l’ovulation ou les règles. Des facteurs hormonaux pourraient ainsi être en cause,
  • Cette sensation peut aussi être due (et être le signal) d’une dépression post-natale.

Comment réagir devant ce phénomène d’aversion

Un groupe de plusieurs médecins australiens ont co-édité en 2020 un article sur les femmes qui éprouvent des sentiments d’aversion pendant l’allaitement. Elles avaient ainsi pour objectifs de mieux comprendre l’expérience traversée par ces mères, tout en synthétisant la littérature existante. Elles ont ainsi constaté que les femmes ressentaient des sentiments d’aversion viscérale, se sentant accablées. Les conséquences à la fin de la tétée, après ce sentiment d’aversion, étant des émotions durables de honte, de tristesse, de déception et d’insuffisance. Selon cet article, le sentiment d’aversion pendant l’allaitement peut fortement diminuer l’estime de soi de la femme et avoir un impact conséquent sur la relation mère-enfant. Ce phénomène, très perturbant pour la mère, peut également l’empêcher d’atteindre ses objectifs personnels d’allaitement maternel.

Si vous vous trouvez dans cette situation, ne cherchez surtout pas à le cacher. Parlez-en autour de vous, verbalisez, ne vous enfermez pas dans une espèce de honte. Vous n’êtes en rien responsable, vous n’êtes pas une mauvaise mère. Par ailleurs, n’oubliez pas que vos enfants sont des éponges émotionnelles, des “esprits absorbants” qui sentent leur environnement. Si vous n’êtes pas bien, eux non plus ne seront pas dans un état de bonheur intense….

Cherchez du soutien auprès d’une personne de confiance, de votre sage-femme si elle soutient votre projet d’allaitement, de votre conjoint, de toute personne qui ne vous jugera pas. Prenez le temps de rechercher les causes éventuelles de cette situation. Elle peut être simplement liée à un état de fatigue intense : reposez-vous. Prenez soin de vous, du temps pour vous. Alimentez-vous correctement, hydratez-vous bien. Consultez votre médecin, si besoin.

Et surtout, prenez le temps de vous écouter, afin de prendre la décision qui sera la bonne pour vous, pour votre enfant, concernant votre allaitement. Non, vous ne serez pas non plus une mauvaise mère si vous faites le choix de ne pas poursuivre cet allaitement parce qu’il vous torture. Prenez toutefois le temps de parler, de discuter, de vous écouter.

Si vous qui me lisez êtes conjoint, ami, d’une femme qui traverse ce phénomène très perturbant pour une mère, accueillez ses émotions avec empathie. Reconnaissez son vécu, ne le niez pas. Il est déjà suffisamment difficile à vivre…Montrez-lui, en lui présentant cet article ou cette vidéo par exemple, qu’elle n’est pas seule dans cette situation. Rassurez-la, sur le fait qu’elle est une bonne mère, qui aime son bébé / son bambin. Laissez-la décider, par elle-même mais en l’accompagnant, de la meilleure décision concernant la poursuite de son allaitement. La meilleure décision pour elle, pour son enfant. Sans se sentir jugée, quelle que soit sa décision, pour autant qu’elle soit en accord avec SES valeurs.

Avez-vous déjà ressenti cette vive émotion d’aversion pour votre enfant pendant l’allaitement ? Comment avez-vous réagi ? Parlez-en en commentaires, partagez, vous aiderez sans aucun doute d’autres femmes qui n’osent aborder ce sujet, encore trop tabou

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Catégories : AllaitementMaternage

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