En ce premier jour de printemps, nous n’avons pas raté notre rituel : l’installation de notre table des saisons. Et ce malgré la neige qui recouvre encore nos montagnes cantaliennes. Mademoiselle 4 ans l’attendait depuis quelques jours déjà, depuis qu’elle savait que “samedi, c’est le printemps” :-). Une table des saisons qui constitue l’un des outils de reconnection à la nature avec mes enfants.

Les saisons rythment nos vies

Du plus loin que je me souvienne, les saisons ont rythmé ma vie. J’ai grandi puis étudié en Auvergne, dans un village à la limite de l’agglomération, avec vue sur les puys. Ce qui m’a permis de bénéficier de saisons marquées. Un hiver enneigé, un printemps au potager où fleurissaient tout d’abord les amandiers. Un été chaud et un hiver très coloré dans nos forêts. les paysages importance de la neige l’hiver. Le printemps au potager. Un été souvent passé en Alsace, chez mes grands-parents. A cueillir les framboises en forêt et faire les foins avec mon grand-père. Je me suis aperçue de ce manque notamment lors de mes séjours en Afrique ou en Nouvelle-Calédonie. Où l’hiver enneigé et la renaissance du printemps m’ont manqué.

Jonquilles du printemps

Pour diverses raisons, je me suis ouverte à la pédagogie Steiner-Waldorf, encore peu connue en France, avec la naissance de ma dernière, il y a près de 5 ans. Cette pédagogie m’a confirmé ce que ma vie m’avait montré, ce que j’avais vécu inconsciemment. A savoir l’importance de la nature dans notre développement.

Le lien à la nature, un pilier dans la pédagogie Steiner-Waldorf

Le respect du rythme de la nature constitue un pilier de la pédagogie Steiner-Waldorf. Nous sommes tous profondément liés à ce rythme, à celui des saisons, des planètes. Observez-vous, observez la vie sociale en hiver. Nous nous tournons vers des activités d’intérieur, adoptons un rythme plus lent. Comme la nature qui se met en sommeil pour se préparer pour le printemps.

Autrefois, les vies se trouvaient de fait rythmées par la nature et les saisons. Le travail de la terre, activité principale alors, rythmait les vies. Aujourd’hui, nos vies sont très souvent déconnectées de ce cycle, de par nos activités professionnelles et nos lieux de vie. La plupart des adultes et des enfants passent leur vie à l’intérieur, devant des écrans pour beaucoup. Ainsi, en 2016, l’expert en éducation Ken Robinson indiquait qu’un enfant sur dix ne sortait jamais dehors. Dans les villes, cette tendance est sans aucun doute accentuée par la période de confinements et de restrictions que nous traversons. Avec des impacts connus sur la santé, aussi bien physique que psychique. Qui perdurent à l’âge adulte, transformant nos enfants en adultes passifs.

A l’inverse, jouer dehors régulièrement et fréquemment permet de vivre des émotions positives, d’apaiser, de trouver un meilleur sommeil. Ne vous sentez-vous pas mieux après une bonne balade en forêt qu’après le même temps passé devant un écran? Apaisé, comme reconnecté ? La nature est une source sans fin de découvertes pour nos enfants – comme pour nous ! Couleurs, odeurs, sons… Tous leurs sens sont concernés. Ils découvriront à chaque sortie des trésors différents : bois flottés pour construire, galets à décorer, feuilles à collectionner… Quant au développement moteur, il sera sans cesse sollicité : rochers pour grimper, arbres morts à franchir, rivières pour patauger… Ainsi, d’après une étude norvégienne (https://www.researchgate.net/publication/252182057_Landscape_as_Playscape_The_Effects_of_Natural_Environments_on_Children%27s_Play_and_Motor_Development), des compétences motrices comme l’équilibre, la locomotion, l’agilité ou l’endurance peuvent être vivement améliorées par des contacts réguliers avec la nature. Ce serait également un facteur d’amélioration de gestion des risques. Pour autant que nous laissions nos enfants libres de leurs mouvements.

La nature, source de défis

Comment se reconnecter à la nature ?

Pour reconnecter vos enfants avec la nature, qui les nourrit sur divers plans, il est nécessaire de sortir. D’observer les changements qui ont lieu au fil des mois, des semaines et des jours. Dès leur naissance, favorisez le contact de vos enfants avec les animaux et les végétaux, avec la nature en général. Transmettez leur le respect de cette nature. Les enfants devraient pouvoir être au contact quotidien de la nature. Ce qui n’est plus guère possible lorsque vos enfants sont scolarisés, en ville aussi bien qu’à la campagne. Les cours d’école ont souvent été asseptisées, goudronnées…

Alors faites de votre mieux pour reconstruire ce lien. Certes plus facile à faire à la campagne qu’en ville. Mais prenez le temps, ne serait-ce qu’un jour du week-end, pour aller en famille dans un coin de nature. Laissez-les observer, libres, créer des jeux dans cet environnement. Mettre en place des défis physiques comme monter aux arbres, découvrir faune et flore. Ils développeront ainsi leur confiance en eux, pour autant que vous n’interveniez pas dans leurs défis (rassurez-vous, ils ont tous un formidable instinct de survie). Et ce quel que soit le temps. La pluie constitue ainsi un véritable bonheur pour les enfants. On saute dans les flaques, on cherche les escargots, on cuisine à la boue… Lâchez prise, tant pis pour la boue partout, regardez leurs sourires ! Le bonheur, avec un grand H :-). Avec un équipement adéquat, tout est possible.

Les trésors du printemps

Par ailleurs, la nature recèle de mille trésors. Qui pourraient en soi largement suffire à leur bonheur. Je me souviens encore de mes enfants, alors assez jeunes, qui avaient fait cette découverte lors d’un voyage au Vanuatu, archipel d’Océanie proche de la Nouvelle-Calédonie. Les noix de coco vertes servaient de ballons de foot. Les lianes des banians de cordes à grimper et les feuilles de cocotier, tressées, faisaient de très beaux paniers !

Les promenades dans la nature en vélo, à pieds, en raquettes ou à ski l’hiver, constituent une habitude chez nous. Je ne sors quasiment jamais sans un “sac à trésor”, de même que mademoiselle 4 ans, afin de pouvoir ramasser les trésors des saisons. Elle adore “écouter le paysage”, assise sur son banc, depuis que l’une de ses soeurs aînées le lui a soufflé :-).

Pensez aux herbiers, au printemps comme en automne; aux collections de feuilles séchées qui permettront la réalisation de magnifiques tableaux. Les relations à la nature peuvent aussi être reconstruites grâce aux diverses célébrations qui jalonnent l’année. Enfin, la table des saisons, constitue un lieu dans la maison qui nous permet de nous reconnecter à la nature.

La table des saisons, un lien intérieur avec la nature

La table des saisons reflète ce qui a lieu dans la nature, au moment où cela a lieu. Elle prolonge la vie extérieure dans nos intérieurs. Nous avons choisi pour notre part de l’installer sur une petite table, sous une fenêtre de notre petit salon ; un lieu où l’on passe quotidiennement. Vous pouvez choisir un rebord de fenêtre, une étagère, un meuble… Bref, adaptez-la à votre intérieur, à votre ressenti aussi, à vos envies comme à vos moyens.

Selon l’âge de vos enfants, ils participeront plus ou moins à son élaboration et à son évolution au fil de la saison. Mademoiselle 4 ans adore y déposer ses petits trésors glanés lors de nos promenades. Y déposer des objets qu’elle aura réalisés et jouer avec – mais je l’avoue, dans l’étape “construction”, je suis en charge :-). J’ai mis en place cette idée de table alors qu’elle avait à peine 2 ans, lorsque j’étais assistante maternelle. C’est donc devenu un élément faisant partie intégrante de sa vie. Et elle ne manque pas de me rappeler à l’ordre si je l’oublie. Elle la réclame dès qu’elle observe du changement dehors, dès qu’elle remarque que l’on se rapproche du changement de saison. La table, évolutive au fil de la saison, permet également d’aborder sans leçon formelle les évolutions de la nature. Bourgeons, fleurs, feuilles, oeufs, oisillons, évolution des couleurs dans les champs…

Je commence par y disposer un tissu, de préférence en soie (j’ai ainsi 4 carrés de soie de couleurs différentes, une pour chaque saison, selon le cercle chromatique de Goethe mettre un lien ou une photo), afin de créer l’ambiance de la saison. Notre hiver montagnard étant très enneigé, nous dérogeons toutefois à cette roue en recouvrant la table d’un manteau blanc de feutrine, pour représenter la neige qui rythme notre hiver. Puis nous déposons un petit panier ou une coupelle. Ou encore un vase, notamment au printemps, qui recueillera nos trouvailles glanées dans la nature. S’y ajoutent quelques personnages ou animaux souvent en bois, en laine ou en feutrine pour représenter la saison en cours. Nous avons également fabriqué un petit arbre, sur lequel sont suspendues nos créations. Le soleil en été, des oeufs au printemps, des décorations de Noël en hiver…

Sont également disposés devant la table, plusieurs livres liés à la saison. Que nous choisissons au départ ensemble, puis que je change régulièrement pour qu’il n’y en ait pas trop en même temps. Mademoiselle 4 ans aime beaucoup créer des histoires avec les petits personnages qui sont disposés sur la table. La table permet l’étude de la nature, du végétal à l’animal, selon les trésors qui y sont posés, sans leçon formelle. C’est aussi une formidable occasion pour créer. Des personnages en glands ou châtaignes en automne, des galets peints en insectes au printemps, des bonhommes de neige en laine en hiver…Laissez libre court à votre créativité, à votre imagination, à votre ressenti et à celui de vos enfants. Votre table des saisons vous ressemblera, à vous et rien qu’à vous, soyez en fier(s), c’est le plus important !

Notre table du printemps

Le printemps, c’est la saison des plus longues balades. La saison où l’on ressort. Même si, mademoiselle 4 ans comme ses parents vouant une adoration sans borne à la neige, nous passons également beaucoup de temps à arpenter la nature en raquettes ou en skis tout l’hiver ! La lumière revient, les jours s’allongent. Les oiseaux construisent leurs nids puis pondent, les fleurs pointent le bout de leur nez…

C’est la renaissance, que nous avons choisi de représenter avec les oeufs – qui rappellent également la fête de Pâques. Mademoiselle 4 ans en profite pour décorer des oeufs avec de la cire à modeler (une matière qu’elle adore). Nous avons également mis des grains de blé à germer, et, lorsque l’herbe ser suffisamment haute, nous y cacherons des personnages, des petits objets, quelques oeufs… Dans un petit vase, nous disposerons les premières fleurs de montagne : les perce-neige d’abord, puis les crocus avant les jonquilles. Une table évolutive, un formidable outil de coschooling (https://maman-naturellement.com/le-co-schooling-pourquoi/) pour apprendre…sans s’en rendre compte !

N’hésitez pas à me donner vos idées de reconnection à la nature en commentaires 🙂

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