Combien de fois n’ai-je pas entendu cette fameuse phrase :” Tu la portes trop, elle ne quitte pas tes bras, à 6 mois! Elle va devenir dépendante et capricieuse !“. Or le bébé naît avec ce besoin vital, celui de créer un lien avec la personne qui s’occupe de lui : l’attachement. Un besoin à combler pour faire de votre enfant, justement, un adulte autonome et sécure.

La théorie de l’attachement

John Bowlby, psychiatre et psychanalyste de la deuxième moitié du 20ème siècle, s’est appuyé sur des travaux scientifiques pour montrer que l’enfant a besoin d’établir des liens forts avec au moins une personne qui prend soin de lui de manière fréquente, régulière et cohérente. Il a ainsi démontré que “des lacunes émotionnelles résultant d’un manque de maternage” avaient de réelles répercussions sur le développement des enfants. John Bowlby montre également que devenus adultes, ces personnes perpétuent cette situation et ont des enfants qu’ils ne parviennent à aimer. Konrad Lorenz, biologiste du 20ème siècle, a quant à lui étudié la réaction d’oisons, qui le suivaient partout, parce qu’ils s’attachent à la première chose qu’ils voient bouger. Leur vie en dépend.

Chez l’être humain, ce n’est pas la première “vision” qui détermine l’attachement, mais bien la personne qui s’occupe le plus de l’enfant durant ses premiers mois, de manière cohérente et régulière. Elle sera la figure d’attachement principale. Cet élan d’attachement est également enraciné en chaque mère, c’est un réflexe archaïque. Rappelons en effet qu’à la préhistoire, une mère n’aurait pu rester indifférente à son enfant, ne serait-ce qu’une seconde, sous peine de le perdre.

Malheureusement, les conditions d’accouchement à la fin du 20ème siècle et encore au début du 21ème siècle peuvent empêcher cet attachement d’avoir lieu. Le développement du peau à peau et un retour vers plus de “nature” dans les naissances tendent néanmoins à enrayer ces freins. Encore une fois, écoutez votre instinct maternel, pas les livres, pas les conseils, mais vous. Cet attachement, cette connection vitale, vous les sentez au fond de vous.

C’est ce besoin d’attachement que les nouveau-nés signalent à grands cris dès leur naissance, s’ils sont seuls dans leur berceau. C’est pour cette raison qu’ils vous attirent par leurs pleurs même lorsqu’ils sont nourris et changés. Harry Harlow a ainsi montré que les bébés primates orphelins avaient plus besoin de câlins que de nourriture….

Nos bébés ont besoin d’être rassurés après ce grand saut dans l’inconnu qu’est la naissance. Ils ont un besoin vital de retrouver cette sensation de bien-être ressentie dans l’utérus. Notre société moderne souhaite bien souvent développer l’autonomie avant même qu’elle ne soit possible. Or il est indispensable, vital, qu’un enfant ait de solides racines, que son cocon soit solide et bien construit, avant qu’il ne puisse déployer ses ailes… Un arbre ne se développera que si son terrain lui permet de s’enraciner profondément.

La figure d’attachement

La figure d’attachement est une personne qui s’occupe régulièrement et fréquemment de l’enfant. Un enfant aura plusieurs figures d’attachement. Ses parents, ses frères et soeurs, les professionnels de l’enfance qui s’occupent de lui (pour autant qu’il y ait une régularité certaine dans ce domaine, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas).

Toutefois, il n’aura qu’une seule figure d’attachement principale, qu’il ne confondra jamais avec les autres. Elle sera la personne qui s’occupera le plus de lui, avec cohérence et régularité, dans les premiers mois, celle vers laquelle il se tournera s’il a le choix lorsqu’il traverse une crise. Ce sera la personne avec laquelle “je peux être entièrement moi et me laisser aller, tout me permettre, celle qui m’aime de manière inconditionnelle“.

Les besoins de protection et de sécurité sont gigantesques jusqu’à 4 ans et primordiaux jusqu’à 6 ans. Toute séparation d’avec la figure d’attachement principale est alors vécue comme un danger. L’école à 3 ans représente ainsi une séparation violente. Ce d’autant qu’il n’existe pas de réelle période d’adaptation à l’école, suffisamment longue et adaptée à chaque enfant.

Ces besoins d’attachement ne cessent pas la nuit, ils sont constants. Il est donc essentiel d’y répondre, de jour comme de nuit. Rassurez-vous, répondre à ces besoins vitaux ne créera en rien une dépendance ou de mauvaises habitudes. Au contraire, votre enfant sera rassuré et sécurisé, ce qui lui permettra, plus tard, de s’envoler en toute sérénité.

Les diverses séquences du processus

Tout enfant est programmé pour un jour quitter le nid et voler de ses propres ailes. Pour que cet envol ait justement lieu, et dans les meilleures conditions, il faut justement respecter les séquences de l’attachement.

L’attachement débute par la phase d’activation, initiée par le nécessaire rapprochement physique. Notamment le peau à peau de la naissance et l’allaitement. L’attachement étant un besoin vital, le bébé l’exprime vivement par des cris, des pleurs, si on ne comble pas immédiatement ce besoin. Plus tard, l’enfant exprimera également ce besoin (d’attention, de sécurité) en appelant, en se faisant remarquer. Si l’on est à l’écoute, de soi, de lui, il pourra ne pas y avoir de phase d’appel.

Plus la réponse sera rapide, plus le besoin sera comblé, moins l’enfant sera en détresse. Pour reprendre l’exemple de Jean Liedloff https://maman-naturellement.com/le-concept-du-continuum-linstinct/, les petits Yékwanas ne pleurent jamais. En effet, leurs mères, figures d’attachement principales, suivent leur instinct. Elles portent en permanence leur bébé, qui n’est donc jamais en demande. Leur réservoir affectif est rempli en permanence.

En effet, lorsque son réservoir affectif est plein, l’enfant se détache physiquement car il a confiance. Il part explorer le monde : c’est la phase dite de désactivation.

Ces phases se reproduisent quotidiennement. Lorsque le bébé a d’abord besoin d’un câlin avant de partir découvrir son environnement à 4 pattes. Ou lorsque le jeune enfant se pose sur vos genoux avant de retourner jouer. Chaque phase d’exploration peut l’amener à de nouvelles sources d’insécurité, qui l’amènent à rechercher sa figure d’attachement. Cette alternance entre deux besoins, l’attachement et l’exploration, repose sur sa confiance en sa figure d’attachement. L’enfant rassuré pourra alors s’envoler.

Favoriser un attachement sécure

L’attachement peut toutefois être sécure ou insécure, attention ! En tant que figure d’attachement principale de votre enfant, il est indispensable d’être conscient de l’attachement que vous avez connu avec vos parents. Vous pourrez ainsi lui transmettre un attachement sécure. C‘est à dire un attachement qui permet de répondre à la fois au besoin d’attachement et au besoin d’exploration qui est le lot de tout enfant. Qui lui permet de se recharger ET d’explorer lorsqu’il le souhaite. Un attachement qui le respecte et répond réellement à ses besoins. Pas aux vôtres ! Ce sera la condition pour que votre enfant ait confiance en lui, en la vie.

On ne donne pas de mauvaise habitude en permettant à l’enfant d’assouvir ces deux besoins, de manière équilibrée. Un bébé sans cesse en portage, un enfant qui a du mal à se séparer de vous dans ses toutes premières années s’envolera un jour. Je vous le promets !

Pour être autonome, confiant, il est nécessaire de se sentir en sécurité…Je me souviens de ma troisième fille, que je portais avec un pagne dans mon dos en quasi permanence. Pour faire la cuisine, pour faire le ménage – elle vivait tout avec moi. Ce fut la plus indépendante à l’adolescence, celle qui vola le plus tôt de ses propres ailes. Sans doute parce qu’elle avait un réservoir suffisamment rempli. Parce qu’elle savait qu’elle pourrait toujours venir le recharger, quoi qu’il advienne.

A l’inverse, un attachement insécure aura des impacts sur l’enfant, puis sur l’adulte qu’il deviendra. Attention, cette insécurité peut provenir de deux axes :

  • un attachement évitant, dans lequel la figure d’attachement principale n’assouvit pas le besoin de proximité. Elle n’accueille pas les émotions de l’enfant . L’enfant grandira en se renfermant sur lui, aura du mal à faire confiance. Il reproduira sans doute cela avec ses propres enfants.
  • à l’oppposé, un attachement anxieux-ambivalent, dans lequel la figure d’attachement principale impose sans tenir compte des besoins et des envies de l’enfant. Elle peut avoir du mal à “laisser partir”, ne pas favoriser la phase de désactivation et entraver le besoin d’exploration. Cet enfant aura souvent peur de la nouveauté et explorera peu. Il aura peu confiance en lui. A l’origine de cet attachement, il y a souvent un adulte qui a besoin d’être réassuré. Souvent du fait d’un attachement insécure dans sa propre enfance.
  • un attachement désorganisé, dans lequel l’enfant est désorienté car les réactions de la figure d’attachement principale sont incohérentes. L’enfant aura peu d’estime de lui.

Il est donc primordial de se connaître, de se pencher sur l’attachement que nous avons vécu avec nos parents afin d’apporter le meilleur à notre enfant. Ne vous affolez pas, tout n’est pas écrit. On ne reproduit pas forcément ce que l’on a vécu – à condition d’en être conscient. La parentalité est créative, elle est une remise en question permanente, un désapprentissage – et un apprentissage du lâcher prise.

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