Comme nombre d’entre vous, je ne suis pas bilingue. J’ai appris les langues étrangères à partir du collège. Dont l’anglais, en classe de 4ème. Aussi, lorsque j’ai appris, il y a plusieurs années, que mon mari était muté aux Etats-Unis, j’ai d’abord paniqué. Enceinte de ma 4ème, avec trois enfants de moins de 5 ans, sans expérience anglophone “de terrain”, sans amis ni connaissances sur place. Je me demandais comment j’allais m’en sortir ! Comment allais-je me débrouiller, scolariser mes enfants, accoucher dans un milieu que je considérais alors comme hostile ? Et mes filles, comment allaient-elles s’en sortir ? Comment apprendre une langue étrangère à des enfants si jeunes, sans aucune connaissance préalable ni parent anglophone ? L’expérience m’a montré qu’il y avait trois principaux critères déterminants pour apprendre une langue étrangère à un enfant.

Cet article participe à l’évènement inter-blogueurs “Mes 3 meilleurs conseils pour apprendre une langue étrangère ” organisé par Machiko et Laurent du Blog : apprendrelejaponais-decouvrirlejapon

Après les peurs liées à ce déménagement en terre étrangère, j’ai choisi de faire contre mauvaise fortune, bon coeur. Puisque je n’avais pas le choix de ma destination, autant en tirer profit.

Dans un premier temps, moi qui étais anti-écrans, anti-télé, j’ai décidé de lâcher prise sur ce sujet. Et j’ai accumulé une collection de DVD (choisis avec soin, tout de même!), de CD de chants et comptines anglophones. Ainsi que des logiciels de jeux éducatifs en anglais. Chaque jour pendant la période qui a précédé leur rentrée à l’école aux Etats-Unis, puis régulièrement par la suite, mes filles avaient le privilège (jusque là inconnu!) de regarder une émission TV pour enfant ou un dessin animé, en anglais évidemment. Dans la voiture, il n’était plus question que de comptines et de chansons enfantines anglophones.

Nous aurions pu, leur père et moi, choisir de leur parler en anglais. Mais nous n’étions, ni l’un, ni l’autre, bilingue. Nous leur aurions sans nul doute transmis des erreurs syntaxiques, un accent loin des natifs. Or il est recommandé, puisque l’enfant est une éponge, de lui donner une bonne matière à absorber – non des erreurs. Pour apprendre une langue étrangère à un enfant, il est donc préférable de privilégier son utilisation par des natifs. Car l’enfant absorbera les erreurs comme le reste. D’où notre choix de leur proposer des contenus en langue native, par des natifs.

Dans le même ordre d’idées, nous avons également fait le choix de les scolariser dans une école américaine. Et non à l’école française de Washington. Nous avons préféré une “Preschool” Montessori. Où elles pouvaient aller toutes les trois. Et elles y ont fait leur rentrée, toutes perdues sans aucun doute. Dur, pensez-vous ? Oui, sans aucun doute. Une épreuve qui les a sans nul doute marquées. Mais qu’elles ont merveilleusement traversée en termes linguistiques et sociaux.

Les enfants ont cette merveilleuse capacité de se comprendre. De communiquer quoi qu’il arrive : en langue des signes, par mimes, ils se comprennent. Et, comme le soulignait Maria Montessori, les jeunes enfants ont un esprit absorbant absolument formidable. Ce que les neuro-sciences confirment en parlant de plasticité cérébrale. Le jeune enfant absorbe ce à quoi il est exposé de manière régulière et fréquente. Elles ont donc absorbé l’anglais, le vocabulaire, la syntaxe, un accent de l’est américain parfait. Et ont ainsi pu apprendre une langue étrangère facilement. Sans effort, exactement comme elles avaient “appris” leur langue maternelle, le français. Et avec enthousiasme, ce qui représente l’une des clés de l’apprentissage. Parce qu’elles avaient un intérêt vital à “apprendre” l’anglais, celui de pouvoir communiquer avec les autres.

Ce que j’en ai retenu ? Trois principaux critères à favoriser pour apprendre une langue étrangère à un enfant :

  1. Le jeune enfant est une éponge. Il est l’esprit absorbant de Maria Montessori. Par ailleurs, la pédagogue italienne a montré que la période sensible du langage s’étale de la naissance à 6-7 ans. Une période pendant laquelle votre enfant a une réelle prédisposition à l’apprentissage des langues. Le langage s’acquiert ainsi beaucoup plus facilement, de manière fluide, sans effort. De la même manière qu’il apprend sa langue maternelle, il va apprendre un autre langage sans réellement s’en apercevoir. Sans effort conscient, sans révision du vocabulaire, de la syntaxe, etc. Alors si possible, exposez votre enfant aux langues étrangères avant 8 ans. Je vous l’accorde, ceci s’oppose aux pratiques françaises en termes d’apprentissage des langues, qui démarrent rarement avant la fin de l’école primaire…
  2. L’enthousiasme, l’envie, le plaisir sont des clés indispensables à tout apprentissage. Pour André Stern, “Apprendre n’est pas une chose que l’on fait. Apprendre est une chose qui nous arrive. Qui nous arrive lorsque nous sommes enthousiastes. Cet enthousiasme inhérent à tout enfant dès la naissance, que notre société lui fait malheureusement perdre. En lui imposant le formalisme des apprentissages. En opposant jeu et apprentissages. Or le jeu active la zone de récompense dans le cerveau, il active le plaisir. Qui va faire en sorte que votre enfant ait envie de continuer. Axez donc l’apprentissage d’une langue étrangère sur les jeux, quels qu’ils soient. Des jeux, des comptines, des chansons, bref tout ce qui déclenchera du plaisir chez votre enfant. Permettez-lui de retrouver, de manière régulière et fréquente (pour faciliter ce fameux esprit absorbant), des ami.e.s au cours d’ateliers ludiques en langue étrangère. Des ateliers qui mêlent jeux, manipulations et découverte de la culture du (ou des) pays concernés, car cela aussi est fascinant et enthousiasmant. Et permet à l’enfant d’apprendre plus facilement la langue étrangère concernée. Ou, si vous en avez la possibilité, rencontrez régulièrement des enfants dont cette langue est la langue maternelle. Afin qu’ils jouent simplement ensemble -pendant que vous-mêmes en profitez pour parfaire votre connaissance linguistique ! Ces rencontres et ces jeux seront bien plus efficaces que de simples cours formels, assis à une table. Et ce à tout âge. Mes filles n’ont jamais considéré l’anglais comme une matière. Au contraire des autres langues vivantes abordées plus tard (trop tard) au collège puis au lycée.
  3. Si je suis moi-même devenue bilingue lors de ce séjour aux Etats-Unis, c’est parce que nous avions choisi l’immersion totale, travaillions et vivions au milieu d’Américains. Il en va de même pour les enfants. L’immersion, le bain linguistique, sont nettement plus favorables à l’apprentissage d’une langue que des cours académiques et formels. Alors certes, tout le monde n’a pas la possibilité de partir plusieurs mois ou plusieurs années dans un pays étranger pour apprendre une langue et découvrir une culture. Néanmoins, si vous le pouvez, faites-le ! Partez tant que vos enfants sont jeunes. Même sur une période plus courte, ils absorberont toujours quelque chose : une culture, des sons… En restant chez vous, vous pouvez aussi rechercher des groupes de familles bilingues. Ou héberger un.e étudiant.e étrangère, voire une jeune fille au pair. Pensez également, même si je suis loin d’être favorable aux écrans, aux dessins animés et reportages animaliers en anglais (ou toute langue étrangère). Mettez systématiquement leurs films d’animation favoris en V.O. Ecoutez les chansons enfantines en langue étrangère, répétez les comptines avec eux. Organisez une journée en langue étrangère par semaine, à jour fixe, si votre niveau est suffisamment élevé pour ne pas leur transmettre d’erreurs.

Ce qu’il faut retenir, c’est que l’apprentissage, qu’il s’agisse d’une langue, de sciences, de géographie, de mathématiques ou de lecture, passe par le plaisir, le jeu et l’enthousiasme qui en découle. Or l’enfant nait enthousiaste, il le restera si vous ne l’entravez pas.

Et chez vous, comment se passe l’apprentissage des langues étrangères chez vos enfants ? Donnez-nous vos trucs et astuces en commentaire !

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Catégories : Education

4 commentaires

Marion · 15 avril 2021 à 11:27

Mais comme je te rejoins ! Merci pour ce très bel article plein d’enthousiasme.
On se rend tous compte ( les non bilingues) que des années d’enseignement qu’on ne connaît toujours pas la langue! L’immersion, la motivation, le jeu… voilà les vrais moteurs

Coralie Ingelbert · 17 mai 2021 à 15:45

Ah, oui cet article me parle ! Je suis arrivée, avec ma fille de 8 ans et mon mari, en Allemagne, il y a 2 ans et demi.
Nous ne parlions allemand, ni l’une, ni l’autre. Comme nous devions rester un temps court, nous avons fait le choix de l’école française. Pour finir, nous sommes toujours ici ! Le programme scolaire lui a permis une première approche, mais effectivement il est à compléter par d’autres activités. (Sport, rencontres, séries…)
Aujourd’hui, c’est elle qui m’aide pour mes devoirs en allemand et je trouve cela juste magnifique ! Valorisation de ses acquis et surtout lui prouver que peu importe l’âge on peut toujours apprendre 😉

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